mercredi 14 novembre 2018

LES 7 JOURS DU TALION, Patrick Sénécal - Fleuve noir





Bruno Hamel, médecin,  voit son univers s'écrouler lorsque sa fille Jasmine âgée de 7 ans est retrouvée violée et assassinée. Alors que son épouse Sylvie tente de vivre son deuil et de se reconstruire, Bruno, lui est assommé par la violence de la nouvelle. 
C'est une simple hypothèse prononcée par un policier  préjugeant d'une sanction pénale de 15 ans qui va le faire basculer de l'autre côté. 
"Mais il ne restera pas en prison pour le reste des ses jours ? 
C'est long 25 ans, Monsieur Hamel. Même 15 ans. Pour demeurer en prison jusqu'à la mort, il faut avoir fait quelque chose de vraiment..."
Quand le meurtrier de sa fille apparait à la télé, un sourire crâneur sur son visage, les jeux sont faits : Bruno va s'occuper de son cas. Il kidnappe le tueur et projette de le torturer puis de le tuer au bout de 7 jours. Oeil pour oeil, dent pour dent. 
Il s'enfonce alors dans une sourde descente aux enfers alimentée par une haine grandissante, une violence interne insoupçonnée et une envie incommensurable de vengeance. 

"Les 7 jours du talion" a été écrit par Patrick Sénécal en 2002. Il ne s'agit donc pas d'une nouveauté au sens propre du terme. Fleuve Noir ne diffuse pas ses romans dans l'ordre de parution au Canada mais je suppose que la maison d'édition a pris le parti de créer un lectorat autour de cet auteur en publiant d'abord ses livres les plus marquants. 
Alyss, écrit en 2000, publié par Fleuve en mai 2017
Le Vide, écrit en 2007, publié par Fleuve en novembre 2015
Hell.com, écrit  2009, publié par Fleuve en juin 2016
En ce sens, pour chroniquer ce livre, je me replace volontairement en 2002 où le monde du polar/thriller n'était pas tout à fait ce qu'il est aujourd'hui. 
De plus, pour avoir lu les 3 livres pré-cités, je ne peux que constater que l'écriture de Patrick Sénécal a considérablement évolué et la plongée dans la société qu'il propose à ses lecteurs, aussi. 
Dans ce roman, le début va très vite. Ce n'est pas la disparition de l'enfant qui intéresse l'auteur, mais différents sujets qui permettent de s'interroger soi-même  : 
- L'incompréhension de la sentence judiciaire 
- Le déshumanisation de l'être humain par l'ignorance volontaire du simple nom ou de diverses informations inhérentes à la vie du meurtrier. 
- La force de l'opinion publique dans le traitement d'un fait divers : ceux qui se rallient à sa cause, ceux qui font confiance à la justice. 
- Le besoin de légitimiser un acte totalement illégal pour avoir bonne conscience 
- La différence fondamentale entre avoir un avis arrêté sur un sujet précis sans jamais y avoir été confronté, et un avis considérablement différent lorsqu'on y a été confronté. 
Exemple : la peine de mort pour les assassins d'enfants 
"C'est facile d'être un bien-pensant quand tout va bien dans sa vie. C'est facile d'être humaniste quand on n'a pas connu la souffrance et le malheur."
- La violence qui sommeille en chacun de nous 

Ce qui dénote vraiment dans l'oeuvre littéraire de Patrick Sénécal c'est ce besoin de démontrer comment l'être humain bascule et avec quelle facilité il en oublie jusqu'à ses valeurs, sa morale, pour assouvir vengeance, rêve de gloire ou besoin d'exister. (Cf les ouvrages pré-cités)

A mon sens, ce n'est pas le meilleur Sénécal, mais ce livre vous invite à entrer dans son univers et vous offre la possibilité d'une gradation dans les scènes de violence qu'il propose dans Hell.com ou dans Le vide, bien plus décapantes et plus brutales que dans celui-ci. 
Cela permet de découvrir l'auteur à ses débuts et de fournir une base solide aux sujets qu'il développe dans ses autres livres.



                                       Sept jours du talion est aussi un film réalisé par Podz

lundi 12 novembre 2018

DEPARTS, Hervé Commère - Atelier IN8

Destins croisés

Les gares, comme les aéroports m'ont toujours fascinée. Il y a ceux qui partent et laissent sur le quai des mains qui se pressent, des sourires parfois, des pleurs souvent, et ceux qui se retrouvent, s'étreignent, rient très fort ou hurlent de joie. 

Ce livre est un joli livre sur les départs. 
Quatre personnes prennent un train pour Rennes : deux femmes, deux hommes.
Les motivations de ce voyage sont différentes pour chacun, mais le voyage en lui-même est le moment où, seul, confronté à soi-même, chacun refait le chemin de sa vie et analyse les décisions prises, les choix bancals, les regrets, les espoirs. 

Lisa, vient passer une audition,
Suzanne se séparer de quelque chose de précieux,
Gabin projette de régler ses comptes
Philippe se prépare à dire au-revoir à un être cher.

Parfois les destins s'emmêlent et s'entremêlent,  
Parfois c'est simplement le destin qui s'en mêle. 
A l'arrivée, les choses ne se passent pas toujours comme prévu, mais peuvent aussi se passer mieux que prévu. 

Vous avez déjà joué à ce jeu là ? Vous prenez un verre à la terrasse d'un café, vous regardez les gens passer, et vous imaginez : 
Cette femme, qui va-t-elle rejoindre ? Qu'y a-t-il dans le sac de cet homme ? Pourquoi cette jeune fille sourit-elle béatement, et lui, pourquoi jette-t-il des regards affolés autour de lui ? 
Ce livre est un instantané de ces moments là. 

Une jolie parenthèse sur les hasards de la vie, les rencontres fortuites, la providence et les surprises inattendues qui nous sont (encore?) réservées.
J'avais la sensation de me trouver dans un film de Lelouch....et j'ai beaucoup aimé cette sensation là. 


dimanche 11 novembre 2018

SANS ELLE/AVEC ELLE, Amélie Antoine/Solène Bakowski - Michel Lafon



2 scénarios pour un point de départ identique


C'est l'histoire d'un projet un peu fou : 2 auteurs, Amélie Antoine et Solène Bakowski décident d'écrire chacune un livre en partant d'un même point de départ : un lacet. 
Coline et Jessica, jumelles doivent se rendre au feu d'artifice du 14 juillet mais l'une a fait une bêtise et en sera privée. La mère, Patricia, n'emmènera que Jessica. 
Près de l'étang où les festivités ont lieu, Patricia constate qu'un lacet de chaussure de sa fille est défait. 
C'est le point de départ de deux histoires racontées très différemment : 
Chez Amélie, le lacet sera refait, 
Chez Solène, il ne le sera pas, 
Et de ce tout petit détail vont naitre deux scénarios radicalement différents.

"En un claquement de doigts, tout peut chavirer, irréversiblement" 

Dans une interview d'Amélie Antoine faite par Nicolas Elie, elle répondait à cette question :
Q : Qu'est ce que tu en penses de l'académisme ? Des auteurs qui finissent par écrire le même livre à chaque fois ? Mettre les mots dans une cage ?
R : Je pense qu'on vit dans une société où il faut à tout prix coller des étiquettes aux artistes, pour pouvoir ensuite les ranger bien sagement dans une boîte. Tout est fait pour qu'un artiste fasse toujours la même chose, pour qu'il devienne une marque, quelque chose de sécurisant, de rassurant, tiens je vais acheter le dernier roman d'Untel, parce que je sais à  l'avance ce qu'il y aura à l'intérieur.
Tout est fait pour ça.
Je crois qu'il faut tout faire pour lutter contre.(...)
Il faut se battre pour lutter contre, sans se soucier d'entrer dans un moule (...), écrire ce dont on a envie ou besoin et pas ce que d'autres attendent.

Tout est dit ! Amélie n'est jamais où on l'attend, c'est à mon sens ce qui fait sa force. Elle ne s'embarrasse pas non plus de savoir si un éditeur va la publier, elle écrit, et elle trouve ensuite une solution pour combler son lectorat.
A la lecture de ce livre, j'ai cogité "mais où veut-elle en venir Amélie ? Quand va donc arriver le 
"twist" que j'attends (celui auquel je suis habituée, celui qui rentre dans la case "Amélie" ?)".
Et ça m'a justement fait penser à cette réponse qu'elle avait faite à Nicolas : 
"Je ne suis pas là où on m'attend "
J'attendais.
Elle n'y était pas. 
Et pourtant ! Quel bouquin !!!
Tout d'abord, j'ai été séduite par la profondeur psychologique des personnages principaux :
La mère, Patricia, dure, froide, difficile à attendrir et pourtant terriblement humaine quand le sort s'acharne sur elle.
Le père, Thierry, démissionnaire, silencieux, presque déficient, soumis à l'autorité de sa femme.
Les Jumelles :
Jessica, la meneuse, tenace et énergique, celle qui suscite l'admiration et l'attention.
Coline, la résignée, celle qui trinque, qui subit, qui souffre en silence, qui passe à côté de sa vie en vivant par procuration 
Puis, j'ai vraiment aimé la construction du roman.
La première partie évoque la déflagration liée au choc d'un événement qui vous tombe dessus inopinément : basculer, paniquer, comprendre, chercher, s'acharner, soupçonner, ruminer, tenir.
La seconde partie rappelle les grandes étapes du deuil : se souvenir, se détruire, stagner, oublier, jalouser, détester, surmonter, accepter, en finir.
Plusieurs thèmes sont également décortiqués en profondeur, dont certains brillamment: la gémellité bien sûr, mais aussi le naufrage du couple, l'éclatement familial, la préférence filiale, la toxicité maternelle.
En 396 pages, Amélie décortique les émotions humaines.
C'est un exercice périlleux, redoutable, de haute voltige dont peu possèdent la dextérité. 
Ce livre est une plongée au royaume des émotions : chaque chapitre provoque un frisson différent et renvoie à des émotions que nous avons tous vécues.
Amélie n'est pas l'écrivain d'un "genre littéraire"
On ne peut pas la mettre dans une case.
Amélie va où son coeur la porte et sa plume nous emmène dans les tréfonds de sa créativité littéraire.
Elle sait tout dire, tout écrire et le fait magistralement.


Je ne connaissais pas Solène, et la lecture de ce livre me procure une joie intense à l'idée qu'il me reste encore des auteurs stupéfiants à découvrir !
J'ai commencé par "Sans Elle", parce qu'Amélie je la suis depuis le début et que j'aime sa façon d'écrire, sa façon de raconter, sa façon de vous emporter dans son univers, monde dans lequel le temps n'existe pas. 
Je me disais aussi : c'est elle qui va raconter l'histoire où l'une des jumelles disparait, le choc, la panique, l'espoir, la destruction et la résignation. C'est elle qui rédige la partie de l'action, la partie "noire", celle qui fait trembler le lecteur.
Naïvement, je pensais que la partie rédigée par Solène serait plus commode, plus douce, plus positive, puisque c'est celle dans laquelle il n'y a pas de drame, l'histoire dans laquelle au final il ne doit pas se passer grand chose puisqu'il n'y a pas de séparation. 
Je me demandais ce qu'elle allait bien pouvoir nous raconter dans ce roman, quand le lacet n'est pas refait et que la petite fille ne disparait pas.
Je dois dire que ma stupeur a été totale, et mon admiration grande de cette faculté qu'elle possède, elle aussi, de si justement décortiquer les émotions en 376 pages. Il faut en avoir des trucs à décortiquer pour noircir 376 pages !
376 pages d'une relation disséquée, parfaitement analysée : 
De soeurs qui s'aiment puis se détestent, 
De l'une qui prend l'ascendant sur l’autre,
"Cette soeur qui brille même dans son éclipse"
De l'une qui veut à tout prix exister et pour ce faire est prête à tout.
De l'autre qui subit, ramasse les miettes, efface les ardoises de sa jumelle, et semble n'exister que pour l'empêcher de déraper.
"Quand sa soeur n'est pas là, le manque est faramineux. Quand elle est à ses côtés, elle la hait autant qu'elle l'aime."
Et puis, il y a ce secret de gosse, terrible, qui va dramatiquement changer l'avenir de leur relation.
Ce secret qui va les empêcher d'avoir un vrai lien, basé sur la confiance et l'honnêteté.
Ce secret qui installe des rapports faussés de dominante/dominée et empêche Coline de se rebeller, de dire stop, de s'éloigner.
Elle le dit plusieurs fois " ça va mal finir ".
Oui ça va mal finir, on le sait, on le sent, et à chaque page on se demande où Solène veut nous entrainer, vers quelle noirceur, quel horrible évènement qui pourrait expliquer comment elles vont en arriver là.
On attend que le secret soit révélé, et il ne l'est pas. Ca, c'est diablement intelligent !
Solène n'a pas cédé à la facilité, ni au désir impérieux du lecteur qui veut savoir ce que cette révélation va changer dans leur relation, comment Coline va réagir, et si elle va pardonner l'impardonnable.
Ce roman m'a amené à réfléchir sur les relations toxiques que nous vivons parfois avec une personne de notre entourage : on sait qu'elles sont néfastes mais on les maintient quand même, on garde les liens, on trouve des circonstances atténuantes, des excuses pour pardonner, mais au fond de soi, on sait qu'on devrait s'éloigner, couper les ponts, arrêter, parce que sinon on risque d'en crever...
Cette analyse là est brillante.
Sa façon d'écrire prenante.
Elle possède une connaissance des sentiments humains bluffante.
Je suis admirative de ce ton si juste qui donne à ce roman la pertinence, la justesse,  la puissance des mots qui fait naitre les émotions.

Ce projet un peu fou était une sacré bonne surprise, un pari, et un pari sacrément réussi. 
Le duo Amélie Antoine/ Solène Bakowski fonctionne à merveille et j'espère qu'il perdurera !





dimanche 4 novembre 2018

DELICIEUSE, Marie Neuser - Fleuve Noir



Trahison et revanche d'une femme trompée

Je pourrai écrire que c'est l'histoire banale d'une séparation. 
Après 20 ans passés ensemble, Raph annonce à Martha qu'il ne l'aime plus, qu'il a rencontré la Femme de sa vie, son double, son autre moi et qu'il part vivre avec elle.
"C'est si merveilleux, si exceptionnel, cette harmonie entre nous, c'est...surnaturel. Le même être dans un miroir. Des jumeaux d'âme."
Le temps de la mise à nue d'une vie entière est arrivé : les reproches, les certitudes, les excuses, les prédictions, la haine, la fureur, tout y passe. 

Sauf que ce n'est pas une histoire banale. 
C'est le cheminement d'une femme trompée, trahie, déchirée qui n'a rien rien vu venir et plus grand chose à perdre puisqu'elle a déjà tout perdu. 
C'est l'histoire tragique d'une femme face à elle même, qui regarde sa vie avec hauteur, en fait un film, et le poste sur utube. 
"Martha, il faut que je te parle." 
La gravité des mots qui laisse entrevoir des paroles que ne pourront être reprises une fois prononcées. Et le contraste, saisissant, entre la douleur insupportable de l'un et le bonheur réjouissant de l'autre. Marie Neuser décrypte, dissèque, dépèce les émotions de l'un, les réactions de l'autre, les réflexions, les attitudes, avec un réalisme qui frôle ou le vécu, ou le génie. 

C'est aussi l'histoire d'une femme qui a vieilli. 
Qui ne l'a pas senti, qui s'est toujours vue rayonner dans les yeux de l'autre et qui entrevoit, pour la première fois, la décrépitude du corps par les années parce qu'elle est confrontée à la présence de cette autre femme qui a dix ans de moins qu'elle. 

C'est l'histoire d'une femme qui est devenue mère, et qui a oublié d'être femme. 
Pas par choix conscient, par habitude inconsciente. Et personne ne l'a réveillée cette femme là. 
C'est vingt ans de couple, vingt ans de sexe... ou d'absence de sexe... ou de relations sexuelles molles, fades, qui n'existent encore que par habitude, quelques minutes entre la poire et le fromage, volées à l'horripilante machine de guerre qu'est le quotidien. Excuse banale, puisqu'il en faut une, d'être allé voir ailleurs. 
La machine intellectuelle se met en branle pour incomber à l'autre la faute et la justification d'avoir cherché ailleurs ce qu'il ne trouvait plus chez lui.
"Tu as la libido au point mort (...), tu n'écoutes plus mes besoins (...) ton absence de désir a étouffé le mien (...). Elle, elle me veut. (...) Quand on fait l'amour, on est deux planètes en osmose. Elle me donne l'intensité qui est morte avec toi.(...) Tu es devenue asexuée Martha. Tu as rangé le sexe tout en bas de la pile."

L'histoire d'une femme qui passe par toutes les étapes d'un deuil : le choc et le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l'acceptation. 
Toutes ces phases sont étudiées au microscope, passées au peigne fin de l'analyse par l'écriture inouïe et prodigieuse de Marie Neuser. 
Ce roman est écrit comme un gigantesque monologue qui peut rebuter, entrecoupés de dialogues sans dialogue qui peuvent laisser circonspect. Elle utilise des phrases longues pour   marquer la tension nerveuse qui suit cette collision, une femme dont le débit de paroles est proportionnel à la force du choc, qui ne peut plus s'arrêter de parler, de penser, de raisonner. 
Une caméra qui filme le flot ininterrompu de ses paroles, comme le film qu'elle est entrain de tourner, et qu'elle postera plus tard sur les réseaux sociaux, les mêmes réseaux qui ont fait d'elle une femme aux abois.
Dans la multitude des émotions qui sont transmises, le style n'est pas dénué d'humour. 
J'ai souri, et ri aussi, quand emportée par la révolte, Martha utilise la vulgarité, des mots crus et cinglants pour enfoncer les clous de sa pensée. Les paroles qu'on prononce quand on est rendu à être un animal blessé. 
"Oui je sais. La sacro-sainte intensité, tu l'as déjà dit. Est-ce que ce sera toujours aussi intense quand vous serez débarrassés des oripeaux de la clandestinité, quand vous partagerez au quotidien les haleines à l'ail et les odeurs de chiotte ? Quand votre union ne sera plus faite de fièvre corporelle et de séduction mais de vaisselles, de lessives et de poils aux pattes ? Et pardonne-moi de me faire l'avocate du diable, mais cette sublime gémellité dont tu me parles aujourd'hui, et qui concrètement n'est étayée par rien, excepté par l'argument on aime la peinture, quand tu devras vraiment construire un couple avec elle, est-ce que ça tiendra le coup ?"

Je pourrai décrire aussi les passages sublimes de la reconquête de l'autre par le désir quand Martha redevient une femme sexuée et sexuelle, les passages brillants quand détentrice de tous les indices, elle parvient à remonter le fil de la trahison, les passages incroyables de transformation de l'état de victime à celui de guerrière, les réflexions si justes du mécanisme de fonctionnement de l'autre qu'après vingt ans on connaît si bien, la connaissance du fonctionnement de l'Homme, la clairvoyance sur le futur, mais aucune de mes phrases ne pourra retranscrire les papillons dans le ventre ressentis comme lorsque l'on désire quelqu'un pour la première fois, ou la douleur tripale de l'abandon. 

J'écris cette chronique et j'ai mal au ventre, mal au coeur, mal partout. 
Marie Neuser est parvenue, par le seul biais de l'écriture à faire remonter des émotions, des sensations de la femme des premières fois. La femme que nous avons toute été un jour que le quotidien a simplement endormi. En ce sens, ce livre est un électrochoc qui frappe l'esprit d'incessants coups de boutoir et martèle à celui qui le lit de ne jamais oublier, de ne jamais s'endormir, d'être toujours sur ses gardes pour entretenir la flamme et le désir, de se souvenir qu'en un seul claquement de doigts, tout peut changer.

Enfin, je pourrai vous dire que ce livre est bien un roman noir, vous parler du métier de Martha qui assoit ses capacités d'analyse, de l'incroyable twist qui survient à la page 330, de la fin si logique qui exacerbe et conclue, comme un feu d'artifice, les émotions d'une femme à cran, mais je n'en ai pas vraiment envie, parce que ce livre, c'est tellement plus que ça....

Mangez-le, dégustez-le, avec ou sans curry mais gardez-en la substantifique moelle. 
Merci Marie. 












samedi 3 novembre 2018

LA NUIT N'EST JAMAIS COMPLETE, Niko Tackian - Pocket

Bienvenue dans un désert brulant et dans le noir du charbon

Jimmy et sa fille Arielle partent précipitamment  vers une destination inconnue et traversent le désert par la route 33. Après plusieurs heures de route, ils se retrouvent devant un barrage de police avec 3 autres individus, Juan, Florencio et Victor. Une faille semble s'être ouverte dans le sol et interdit tout passage. Obligés de passer la nuit dans leurs voitures en espérant pouvoir reprendre la route au petit jour, ils ne se réveillent que vers midi, sous une chaleur de plomb. Le flic a disparu et les voitures ne démarrent plus.
La troupe décide donc de continuer la route à pied pour atteindre une ancienne mine qui deviendra leur refuge.
Que font-ils là ? 
Pourquoi ce voyage ?

J'ai eu l'occasion de rencontrer Niko Tackian au FSN à Mulhouse. J'avais des tonnes de questions à lui poser, j'en ai à peu près posé aucune... Il m'a simplement souhaité "bonne chance" dans la dédicace qu'il m'a faite de son livre. 
Il est aussi impressionnant que son écriture est troublante. 
Comme vous le savez, je suis extrêmement sensible aux ambiances dans les livres que je lis. 
Mais aussi, à la propension de proposer une première lecture, puis une seconde, plus profonde et plus spirituelle.
A mon sens, c'est dans ce domaine, précisément, que Niko Tackian excelle. 
Dans ses livres, il n'y a jamais "qu'une" intrigue, ou une histoire racontée, il y a bien plus que ça. 
Dans "la nuit n'est jamais complète", le lecteur est totalement perdu et cette sensation d'être complètement baladé est jouissive. 
L'ambiance extrêmement anxiogène, le soleil écrasant, le désert brûlant, puis la nuit étouffante, le silence mortel et la peur omniprésente, créent  une atmosphère de fin du monde qui laisse une part immense aux questionnements et à la mise en abîme de tous les scénarii possibles.  
J'ai fait des dizaines d'hypothèses, échafaudé plusieurs théories qui se sont toutes avérées caduques. 
Contrairement aux apparences, ce thriller est un roman d'introspection. 
C'est en Soi qu'on en trouve les clés, le cerveau étant un organe inouï, totalement insondable qui cache différentes strates de profondeur. Comme d'habitude, dans l'oeuvre de Tackian, son livre est un puits de symbolisme: il donne au lecteur matière à analyser, en distillant judicieusement, par des symboles qui peuvent apparaître comme totalement dérisoires, toutes les clés pour appréhender son histoire et le mettre sur le chemin. 
Le lecteur ne sait simplement pas les décoder. 
Je vous conseille d'ailleurs, après avoir terminé le livre de le reprendre au début et vous verrez que tout est là, dès les premières pages. 
Je ne peux évoquer les thèmes de ce livre sans en révéler l'intrigue mais je vous dirai simplement que j'ai été très touchée par l'intensité des liens qui peuvent se créer entre les êtres devant l'adversité et que Niko Tackian retranscrit avec finesse, car là encore, ses personnages s'unissent dans un but bien précis. 
L'écriture de Niko Tackian est profonde, incisive mais aussi incroyablement tendre par son humanité. Je crois que c'est ce que j'aime le plus chez lui. 
Il sait me toucher par la profondeur de ses idées, les démons qui semblent le hanter, ses interrogations sur la vie. Sûrement les mêmes questionnements que les miens. 
Et même s'il écrit des romans noirs, la petite lumière de l'espoir finit toujours par apparaitre.
En effet, comme il le dit : 
"En fait, je pense que rien n'arrive par hasard "
Clairement.... J'ai bien l'intention d'emboîter mon pas sur le sien. 






mardi 30 octobre 2018

CHERE MAMIE, Virginie Grimaldi - Le Livre de poche


Ma lettre à Ginie



L'aventure a commencé cet été par de petites cartes postales postées sur internet signées Ginie. 
Ces cartes s'adressent à une grand-mère et commencent toutes par "Chère Mamie"
Virginie Grimaldi  y raconte des tranches de vie, ses vacances, les aventures de sa vie de tous les jours, celles de Madame Tout le Monde, mais aussi ses reflexions personnelles sur la vie, le temps qui passe, l'enfant qui grandit.
Pas difficile de s'identifier à cette Ginie qui fait toujours des boulettes, se retrouve dans des situations de honte terribles dont elle rit elle-même et qui font rire le lecteur. 
Oui, j'ai ri. 
J'ai même beaucoup ri. Et mon rire raisonnait dans la nuit tombante, au rythme des "mais qu'est ce qui te fait autant rire maman?" Oui d'habitude, mes lectures ne font pas rire, mais ici, c'est le bain de Jouvence et qu'est ce que ça fait du bien !!!

Virginie Grimaldi a beaucoup d'humour, une façon bien à elle de dire les choses, beaucoup d'auto-dérision aussi. Mais pas seulement. 
Elle éprouve aussi une grande tendresse pour cette fameuse grand-mère, sa famille, ses amis et une exprime sa nostalgie des moments de vie qui passent trop vite. (la carte sur le déménagement est très émouvante)

Et puis, ce livre c'est pour une bonne cause : 
http://www.cekedubonheur.fr
Une association qui aide à améliorer les conditions de vie des enfants hospitalisés. C'est un beau projet, pour une belle cause.

J'ai eu envie moi aussi, de laisser une lettre à Ginie pour qu'elle se sente un peu moins seule. c'est parti : 

Chère Ginie, 
Je pars du principe que ma balance est en panne, ou alors qu'elle n'est pas placée sur une surface assez plane pour afficher un poids auquel je pourrais me fier. Essaye, ça aide... à ne plus monter dessus.
On aurait pu être copines de vacances, je connais à peu près tous les endroits dont tu parles,  Pornic surtout. Mais moi, je ne ne suis pas allée à la chasse au crabe, j'avais trop peur qu'ils ne me sautent dessus.(et surtout du ridicule si ça devait se produire - tu vois, je suis plus raisonnable que toi)
Comme toi, j'ai une grand-mère formidable qui du haut de ses 92 ans, ne m'envoie heureusement pas de mails, c'est bien suffisant quand elle hurle dans mon téléphone parce qu'elle n'entend plus très bien, et qu'elle me demande toutes les 3 minutes où je vis maintenant, parce qu'elle ne s'en souvient plus.
Quand on est parent, on a souvent envie de se suicider en voiture après le 10000 ème "c'est quand qu'on arrive", c'est normal, pas de panique, ça arrive à des gens très bien.
On est tous oscarisés pour l'ensemble de notre oeuvre et c'est dommage que cela ne se sache pas, on ferait vraiment un tabac !
Moi aussi j'ai la peur du vide, je suis claustrophobe et agoraphobe en plus. Quelle belle expérience quand on est mariée avec un monsieur qui ne rêve que de t'emmener voir les bouts du bout, si possible en hauteur et que tout le monde se marre quand tu fais la respiration du petit chien pour essayer de te raisonner (j'aurai accouché au moins 500 fois dans ma vie). 
Oui, j'ai aussi une légère tendance à penser que le lexomil va régler tous mes problèmes. 
Du coup, dès que je m'énerve, la famille entière me balance "t'as pris ton Lexo" ? On a ce qu'on mérite, n'est ce pas ? 
Organiser les fêtes d'anniversaire de mes enfants reste mon activité préférée... Celle où j'aimerai beaucoup leur faire bouffer leur gâteau par les narines. Ca ne prend pas beaucoup de temps, 2 semaines pour toi ?? Mais tu es très mal organisée !!! Mes filles me préviennent la veille pour le lendemain, c'est tellement plus fun comme ça! Tu cours comme une malade mentale au supermarché pour trouver de quoi nourrir une horde d'ados qui n'ont rien bouffé depuis 3 semaines, tu balances tout sur une table, et hop c'est prêt ! Si tu veux vraiment te marrer, tu coupes le wifi. Là, la fête commence vraiment !
J'ai eu 40 ans aussi et j'ai disjoncté 11 mois avant. Je voulais une fête surprise avec mes amis. Au lieu de ça, l'Homme m'organise un voyage surprise à New York... Si c'est pas une honte ça !! J'ai failli pas monter dans l'avion, j'arrêtais pas de chialer, je me disais que décidément il n'avait rien compris, j'ai failli demander le divorce en plein ciel. 
J'ai eu l'air bien débile, quand en poussant les portes d'un restaurant new-yorkais, j'ai vu tous mes amis crier "Surprise !!!". J'ai failli m"évanouir, et m'enfuir... de honte...
Quand je pars en vacances, je prends toujours une vingtaine de livres, et 2 liseuses, et un iPad. Mon mari a renoncé à me faire entendre raison, je n'ai pas à faire de promesses sexuelles, il paie le supplément bagage et il se tait.
Je ne fais plus de vélo, ça fait longtemps que j'ai abandonné cette idée. Le vélo finit toujours sur la tronche de quelqu'un, surtout quand les côtes me saoulent grave et que je suis obligée de respirer comme une vache. La scène des randonneurs avec Karine Viard tu la vois ? Ben c'est moi. "Abandonnez-moi ici, je vais vous ralentir. "
Mon montre connectée ne me dit jamais que je suis décédée quand je passe ma journée à lire sans lever mes fesses du canapé, mais toutes les 10 minutes elle affiche "respire" au cas où j'oublierai. Tu dois avoir un problème de paramétrage.
Jusqu'au prochain été, quand tes cartes recommenceront à circuler, j'essaierai de ne pas faire de "burne août", histoire de pouvoir rire encore un peu en lisant tes aventures. 
Trêve de plaisanterie, l'association CeKedubonheur je ne la connaissais pas. 
C'est bien ce que tu fais. Ce geste t'honore. Ca te donne un coeur gros comme ça, et ça te va bien (et celui là non plus, il ne rentre pas dans le maillot). 
A bientôt ma Ginie
Bisous à toi et aux tiens 
Aude 























dimanche 28 octobre 2018

APOCRYPHE, René Manzor - Calmann-Lévy noir

Roman noir cinématographique


Apocryphe n'est pas qu'un thriller, c'est un roman noir cinématographique écrit par un auteur, René Manzor qui en maitrise parfaitement tous les codes. 
C'est une oeuvre audacieuse mélangeant des faits réels issus de l'histoire biblique que nous connaissons tous, et des passages de fiction pure, où l'imagination répond au postulat du :
"Et si?"
Et si Jésus avait eu un fils ? 
Et si ce fils, prénommé David avait assisté à la mort de son père Yeshua sur la croix ? 
Et si, caché par sa mère pendant 7 ans, il prenait la décision de fuir ce foyer pour découvrir la vérité ?
Et si, la rancune, la révolte et la colère qui ont envahies son âme le faisaient douter de la bienveillance et même de la légitimité de son Dieu ? 
Et si sa vie ne devenait réellement qu'une quête initiatique?
Et si l'histoire de ce livre racontait une véritable chasse à l'Homme au 1er siècle, en Palestine ayant pour but de retrouver le fils de Yeshua et de l'éliminer car il représente le danger d'être un nouveau Messi potentiel ? 

René Manzor nous emmène dans un voyage dans le temps, aux origines de croyances séculaires. Pour ce faire, il réalise un film littéraire dans lequel les sons, les odeurs, les lieux, les moeurs de l'époque et les scènes de bataille contribuent à voir défiler son histoire sur grand écran. C'est le raconteur de l'Histoire biblique dans l'histoire romanesque. 
Des croyances précises, celles que nous connaissons tous, la trahison de Judas, le Golgotha,  la mort sur la Croix, le tombeau découvert vide, la résurrection servent une narration précise, affutée, documentée qui assoit la crédibilité de son récit. 
Son imagination va faire le reste. Et dans ce reste, l'auteur nous construit des personnages de toute beauté, terriblement humains, dans leurs doutes, leurs actes, leur repentance, leur soif inaltérable de pardon. 
J'ai rencontré dans ce livre un homme, René Manzor qui atteste d'une réelle tendresse et d'une incroyable charité pour l'Etre humain. 
Parce qu'il en accepte les imperfections d'abord, parce qu'il croit en sa rédemption ensuite.
Je parlerai de quelques personnages qui m'ont humainement marquée. 

David bien sûr. David est l'adolescent en colère qui ne peut comprendre les choix de son père, celui qui refuse l'existence d'un Dieu qui permet les horreurs qu'il va découvrir tout au long de son périple. David est celui qui doute. 
"Ce n'est plus le mien, trancha David. Un Dieu qui abandonne son peuple après lui avoir tant promis ne mérite pas qu'on croie en lui."

Farah est celle que David croise sur son chemin. C'est une esclave, prostituée de son état, à la vie et aux moeurs différentes mais c'est aussi celle qui rassemble la plus grande lucidité sur la condition humaine. 
"Les institutions sont toutes corrompues, Romain. Les religieuses comme les autres. Il suffit de s'interroger sur ce que l'on veut nous faire croire pour comprendre qu'on nous ment."

Longinus, Romain de son état a contribué à la crucifixion de Yeshua. Après une totale remise en question, repenti,  il adopte une foi ardente qui ne faiblira en aucune circonstance. 
"Un Dieu qui pardonne à des va-t-en-guerre comme moi et leur donne une seconde chance par le baptême mérite qu'on croit en lui."

Saül de Tarse enfin, en charge de la police du temple est un personnage passionnant dans le traitement que René Manzor en fait. Mais je vous laisse le découvrir. Je dis simplement qu'il est de ces personnages que le lecteur déteste, puis pour lequel une certaine compassion nait.

Le chemin initiatique de David pour comprendre qui il est, qui était son père est en fait celui du baptisé lambda en devenant adulte. 
A la fin de son livre, dans la note de l'auteur, René Manzor dit :
"Ce sont les aveux d'un homme qui doute. 
Mais... le doute n'est-il pas le principe même de la foi ? Quand on dit "je crois", c'est bien qu'on n'est pas sûr. "
L'auteur mélange si ingénieusement fiction et réalité biblique que vous croyez à son histoire dès les premières pages. Le lecteur devient un témoin oculaire de ce qui déroulait en Palestine au 1er siècle, il y vit, il y sent les odeurs, il y rencontre Ponce Pilate, Caïphe, Caligula, il découvre les femmes dont l'auteur dresse de magnifiques portraits, il suit les batailles sanglantes d'avant la chrétienté, quand toute l'histoire de Yeshua n'était encore qu'un petite fable véhiculée par une secte juive. 
Je vous conseille de savourer le chapitre 24 (on y parle de Judas) que j'ai trouvé remarquable d'ingéniosité et de réalisme pour s'insérer dans une histoire à laquelle le lecteur croit. Et si les choses s'étaient vraiment passées comme ça ?

Je termine en vous disant que ce livre a eu un effet de total apaisement sur moi. 
Un apaisement physique sûrement provoqué par cette plénitude mentale, une conjonction de force de la parole, de doutes, de commandements qui fait résonance à quelque chose de plus grand que Soi. 
Un livre extrêmement audacieux !







LES 7 JOURS DU TALION, Patrick Sénécal - Fleuve noir

Bruno Hamel, médecin,  voit son univers s'écrouler lorsque sa fille Jasmine âgée de 7 ans est retrouvée violée et assassinée. Alor...