mardi 12 juin 2018

COMPLOT, Nicolas Beuglet - XO

Après "le cri", Sarah Geringën, inspectrice décide de partir vivre avec Christopher et son petit garçon Simon sur l'ilot de Grimsoya, accessible seulement par bateau. Elle espère y trouver plus de sérénité et pouvoir commencer une nouvelle vie,  au calme, dans un environnement plus serein.
Malheureusement elle est appelée par les forces spéciales sur une scène de crime en mer de Barents. L'affaire est grave puisque c'est la première ministre norvégienne Katrina Hagebak qui est retrouvée assassinée dans des conditions plutôt étranges.

En préambule, si vous n'avez pas lu "Le cri", ce n'est absolument pas grave. 
Cet opus peut se lire de manière tout à fait indépendante. L'avoir lu vous permet simplement une proximité supplémentaire avec les personnages, leur psychologie, leur histoire mais vous vous en sortirez.
J'ai terminé ce thriller il a plusieurs semaines, et je me suis laissé le temps d'y réfléchir, de reprendre mes notes, d'analyser, parce que je ne savais pas dire si j'avais aimé ou pas. 
J'ai eu des moments de gros doutes, 
Des soupirs, 
De la lassitude, levant les yeux au ciel devant certaines théories explicitées par l'auteur.  
Il fut dire que dès qu'on m'emmène trop loin, on me perd assez vite. 
Mon attention s'égare et rapidement, je ne suis plus "dedans".

Pour moi qui habite au soleil, j'avoue que je suis attirée en ce moment par les romans où il fait froid : ça me donne un bon prétexte pour sortir le plaid et allumer le feu. 
Je n'ai pas été déçue puisque dès le début j'étais gelée ;-)
L'ambiance du début du roman est glaciale. Ajoutez à cette ambiance glaciale, le tempérament de Sarah, lui aussi polaire, inhospitalier, rude et vous aurez une bonne idée de cette l'ambiance.
Beaucoup comparent ce roman au Da Vinci Code de par son côté ésotérique, moi j'y ai retrouvé beaucoup de Bourne, de par l'action sans unité de lieu. On voyage beaucoup dans ce livre et c'est vraiment agréable.

Au-delà de l'enquête, les thèmes abordés sont au final plus intéressants que ce que je  supposais. Il s'avère simplement que je n'en avais jamais entendu parler (Merci Nicolas, j'ai brillé dans un diner en sortant ma science devant des convives ébahis devant mon puit de savoir) : le masculinisme par opposition au féminisme, les origines de l'humanité, la place de la femme dans l'Histoire notamment dans la bible.
Du coup, cela en fait plus qu'un thriller parce que le lecteur apprend vraiment des choses et est amené à se poser de vraies questions et à faire des recherches pour étayer un peu ses notes. Cela a été le cas pour moi et m'a donc enrichie. 
Je me suis vraiment intéressée aux thèmes développés en cours de lecture, ce qui m'a évité l'abandon quand je me suis aperçue que toutes ces théories n'étaient pas fausses ou totalement inventées. J'ai alors vécu le roman d'une toute autre façon, avec un oeil nouveau, curieuse d'apprendre un truc !
Une fois la validation de ces faits avérée, je me suis laissé porter et le bouquin m'a totalement happée. 
J'ai aimé aussi cette ambiance de fin du monde, tétanisante et austère.

Petit bémol sur la fin... C'est quoi cette fin Nicolas ? Par souci de ne pas spoiler je ne peux pas en révéler plus, mais cette fin là m'a mise au supplice ! 

lundi 4 juin 2018

QAANAAQ, Mo Malø - Editions de la Martinière



Ni Paris, Ni New-York, ni aucune ville ou pays connu... 
Mo Malø nous emmène au Groenland, le pays du grand blanc où la nuit et le froid prennent le pas sur tout le reste, où la population vit au rythme de la nature, où la simplicité est un art de vivre : c'est le Nanook (en langue inuit), symbiose de l'unité des hommes et de la nature.
Un monde nouveau s'ouvre à chaque page, un monde méconnu, pétri de traditions ancestrales où un homme, Qaanaak adopté à l'âge de 3 ans revient à ses origines, sur les terres qui l'ont vu naitre, près d'un peuple dont le sang coule dans ses veines. 

Qaanaak est flic. Il exerce à Copenhague. 
Il est appelé en renfort à Nuuk, Groenland pour aider la police locale à résoudre une série de crimes étranges : des corps déchiquetés sont retrouvés dans un village ouvrier près d'une plateforme pétrolière et tout laisse à croire qu'un ours blanc est le responsable de ces massacres. Sauf que, jusqu'à preuve du contraire, un ours reste incapable de crocheter une serrure.
Sous le prétexte de cette enquête, et à chaque pas de Qaanaaq sur la terre blanche, c'est un peu de lui-même qu'il retrouve. 

Il faut que je vous dise que je suis pas une grande fan du polar nordique en général et que la difficulté à suivre l'histoire à cause de la mémorisation difficile des noms et des lieux, me décourage très souvent et a souvent raison de ma motivation.
Pas là...

Associé à une enquête policière (mais pas que), c'est cet aspect du livre qui m'a le plus touchée je crois : l'appartenance à une terre. Quoi qu'on est fait pour s'en éloigner, quoi qu'on est cherché à fuir, délibérément ou non, l'essence de ce que nous sommes y reste profondément ancrée.
C'est ce que va découvrir Qaanaak tout au long de son parcours initiatique : il va trouver qui il est.
Parallèlement, j'ai adoré le dépaysement total lors de ma lecture : lieu différent, croyances nouvelles, style de vie insoupçonné, apprentissage d'une nouvelle langue, retour aux racines de ce qui est essentiel, les besoins primaires, la pyramide de Maslow. 
L'ambiance de ce livre est une très grande réussite : le lecteur est littéralement emporté dans cet univers glacé, blanc, presque figé et navigue entre les mots de l'auteur comme le bateau au milieu du brash (inuit pour dire "soupe de blocs de glace")

Et ça fait du bien !!!

Vous ne le savez peut-être pas mais Mo Malø est le pseudo pris par un écrivain français, connu qui a décidé d'écrire son premier thriller. J'ai essayé de décortiquer son style pour le reconnaître, sans succès. Si vous avez des pistes, n'hésitez pas ;-)

Je salue également la communication de l'auteur qui publie régulièrement des photos prises par Elise Fournier du Groenland : pour donner envie, j'ai pas trouvé mieux !

Si vous avez l'occasion de partir avec lui quelques heures, 2-3 jours, et la volonté de vous laisser happer, sans à priori, vous aurez vraiment l'occasion d'entrer dans un monde différent et de suivre une histoire très riche par les nombreux thèmes abordés que je vous laisse découvrir.

J'AI vraiment ADORÉ ce livre !!!








mardi 29 mai 2018

LES SUPPLICES DE LA PASSION, Marc Gouraud - Edilivre


Voilà une couverture qui ne rend pas justice à ce thriller !
Ne vous y fiez pas : on est très très loin d'un thriller gentillet, aux accents sentimentaux trompés que nous sommes par cette photo un peu à l'eau de rose (certes avec des épines) et ce calibre de poche.
C'est le premier livre de Marc Gouraud que je lis, poussée par les commentaires de Séverine (il est bien ce livre ). 
Du coup, je viens d'acheter la trilogie ! C'est dire si j'ai trouvé ça prenant !

En deux mots, voici le pitch : 
Julie Fronsac est enfin recrutée par la brigade criminelle de Toulouse. A la tête du groupe, Philippe Dumas, flic emblématique et charismatique dont les affaires résolues ont fait de lui une sorte de super flic. Au milieu de ce groupe de mecs, aux blagues souvent graveleuses et aux regards appuyés, Julie, psychologue de formation essaie de faire sa place. Il faut dire que même en étant flic, elle ne renonce par pour autant à afficher sa féminité par ses tenues d'abord, qui provoquent beaucoup d'émois au sein de la brigade, mais aussi par une certaine envie de vivre à 200 à l'heure et de ne se priver d'aucun plaisir de la vie. 
Vous l'aurez compris, elle est libre et libérée, une femme d'aujourd'hui qui s'assume.
Une série de meurtres sordides perpétrés dans la région va amener ce groupe à travailler H24, en étroite collaboration (je souris un peu en écrivant ça) pour arrêter le plus rapidement possible cette spirale infernale et redonner à la ville rose un peu de tranquillité. Les personnalités de chacun vont donc s'affirmer, se révéler au grand jour et permettre aussi de mettre l'accent sur leurs failles et leurs blessures cachées.

Ce que j'ai aimé :
Les personnages sont vraiment bien travaillés avec des retours en arrière pertinents, surtout dans la première partie du roman qui leur apportent plus de profondeur.
Ainsi, Philippe Dumas légende de la brigade criminelle nous émeut par ses failles et son côté hyper émotif lorsqu'il est confronté à Julie. Hyper protecteur, sensible, un peu bad ass, super bon coup, bref, le mauvais garçon séduisant un peu ténébreux qui attire facilement la gente féminine.
Le personnage de Julie n'est pas en reste : douée, intelligente, dotée d'une mémoire photographique à retardement surprenante, hyper féminine, très à l'aise au milieu de ce monde d'hommes mais super honnête avec elle même, quand elle aime, elle aime à fond, quand elle n'aime plus, elle éjecte. 

Marc Gouraud nous a imaginé un tueur pervers de la pire espèce. 
J'en ai lu des scènes de crime et plongé dans des descriptions  souvent atroces de corps déchiquetés, meurtris, déformés, mais là, on passe un sacré seuil !!! 
Les scènes de crime sont monstrueuses de cruauté. Le tueur se fixe comme objectif de n'utiliser que les objets présents au domicile des victimes pour les torturer et on réalise fort bien à quel point les objets du quotidien sont redoutables. Si vous êtes dotée d'un vagin, préparez-vous, on n'est pas dans Fifty Shades of Grey !  La qualité des descriptions ne laissent pas vraiment de place au doute quant aux souffrances encourues.
Voilà, c'est dit !
J'ai fait plusieurs fois la respiration du petit chien, vous savez comme quand on accouche, parce que franchement ça provoque quelques hauts-le-coeur. 
Il faut dire que dans le genre cinglé, le tueur a l'imagination fertile, Marc Gouraud aussi !
Un petit mot sur la fin pour vous donner envie de le lire : j'avais misé sur le mauvais cheval  et j'ai adoré m'être totalement trompée dans mes déductions !

C'est un très bon thriller (je ne vais pas dire addictif sinon Stéphane Chamak va nous péter un plomb), comme je les aime, bien écrit, avec de la profondeur dans le style, de la recherche, des surprises, dévoré en 2 jours top chrono ! C'est efficace, net et sans bavure. 
J'attends de voir ce que Marc nous réserve dans le tome 2 "La justice des fous", et le tome 3 "Lola" où je retrouverai Julie avec plaisir. Une chose est sûre : je vais suivre de très près ses livres à venir...

jeudi 24 mai 2018

JE T'AIME, Barbara Abel - Belfond


"Je t'aime" est un thriller psychologique qui débute par une petite cachotterie faite pour d'excellentes raisons et qui se solde par un drame familial. Je devrai dire, des drames familiaux, parce qu'en vérité cela va toucher trois familles. 

Pour ce nouveau roman, Barbara Abel choisit de nous emmener au coeur d'une famille recomposée, et pour se faire, elle est venue incognito chez moi faire un petit stage en entreprise. C'était notre invitée mystère : elle a pris des notes, consigné toutes les failles, exploré toutes les situations du quotidien, compulsé tout ça et ça a donné "Je t'aime";-)
Je te livre un petit secret : mon mari et moi nous avons 6 enfants, 3+2+1, ça veut dire, 3 à lui, 2 à moi, 1 ensemble. Les challenges, on adore !

Maude et Simon sont mariés. Ils ont chacun des enfants d'un premier mariage : Suzie 11 ans et Arthur 15 ans pour Maude, Alice 18 ans pour Simon.
Ils emménagent tous ensemble dans la maison du bonheur, celle qui appartient à Maude... celle où elle a vécu avec son premier mari... (J'aurai pu te dire que ça aller pas marcher ça..)
Ils se fixent des règles: chacun gère ses gosses, l'autre n'intervient pas "ne pas juger, ne pas condamner", le bisounours land des familles recomposées, le monde que tu décides de créer avant d'être plongé dans la réalité terrain.
"Ils savent que les enfants ne sont pas les alliés dans cette aventure, bien au contraire : leur rôle consiste en général à tenter de diviser pour mieux régner."
Mon dieu, tu ne crois pas si bien dire. Chez moi, on appelle ça le meute . Même quand ils se détestent parfois ou qu'ils se jalousent, quand il est question des parents, ils sont toujours contre nous et font bloc. Une meute de loups qui vous bouffe.
Maud surprend Alice entrain de fumer du canabis dans sa chambre. Sous les supplications de cette dernière et pour tenter de créer un lien fort avec la gamine (l'enfant de l'autre), elle décide de ne rien dire à Simon. Parce que oui, 
"Trouver sa place auprès des enfants de l'autre relève de la haute voltige"
" Il faut savoir se faire respecter sans espérer se faire aimer ". Maude espère que ce secret va créer avec sa belle-fille des liens indéfectibles et définitivement les rapprocher.
6 mois plus tard, un terrible accident fera ressortir ce secret bien gardé car malgré la promesse faite, Alice a continué à fumer. 

Pourquoi c'est réussi ?
Parce que c'est vrai, 
Parce que ça sonne juste, 
Parce que les personnages sont ceux de la vie réelle, 
Parce que c'est le reflet exact de la Vraie Vie, 
C'est comme ça que les choses se passent VRAIMENT dans une famille recomposée. 
Dans ce livre, la force de Barbara Abel est son talent à retranscrire rigoureusement le challenge quotidien des parents et des enfants qui vivent dans ce type de famille. 
Les émotions et les sentiments qui fleurissent tout au long du livre, les déceptions, les frustrations, tout y est.

Tu me diras : quel est l'intérêt de se plonger dans un bouquin où l'auteur raconte les challenges de ta propre vie ?
Simplement confirmer que tu n'es pas folle, que tout le monde passe par là, que tes challenges sont aussi ceux des autres ! ET ça fait un bien fou !!!! Que toi, tu as de la chance parce qu'aucun de tes gosses n'est responsable d'un incident épouvantable, du coup tu passes pour la reine de la famille recomposée 2.0 et tu as le droit de te balader un peu avec ta couronne de maman parfaite.

Pour revenir sur les détails de ce thriller et sur ce que j'ai vraiment aimé :
Le prologue est très réussi : elle a une façon de présenter ses personnages qui augure une impossibilité à les lâcher.
Les personnages secondaires comme Solange ou Nicole sont loin d'être négligés : leurs profils psychologiques sont également parfaitement achevés. 
Elle développe extrêmement bien comment un incident mineur peut rendre cataclysmique le vie de plusieurs familles par un déferlement de réactions en chaines. 
La thématique du deuil et de ses affres est une vraie réussite.
Elle sait les mots qui ne se rattrapent pas surtout quand ils sont générés par une douleur incommensurable, ou simplement l'envie de faire du mal à l'autre pour lui clouer le bec.
Dans la famille recomposée chacun arrive avec le bagage de son passé, de petites fissures peuvent devenir très rapidement de grosses fractures qui perturbent un équilibre déjà très précaire. L'enfant de l'autre reste pour toujours l'enfant de l'autre, quoi qu'on fasse, quoi qu'on mette en oeuvre pour l'accepter, même lorsqu'un amour profond est là. 
Son parent le défendra toujours, quoi qu'il ait fait.

Ce n'est pas la peine que j'en rajoute, je suppose, sur la réussite de ce thriller, tu as compris qu'il faut le lire, qu'il devrait être considéré comme d'utilité publique. 
Tu peux t'en servir comme coach de vie pour tout ce qu'il ne faut pas faire, retenir ce qu'au contraire il faudrait faire, souligner des phrases et les faire graver en lettres d'or sur ton
 frigo :
"Une famille recomposée, c'est comme une greffe : on ne sait jamais si ça va prendre"
Ou celle ci : "L'ex-mari, c'est le meilleur ennemi de la famille recomposée. Celui qui va tout faire pour que ça ne fonctionne pas. Parce qu'un autre homme ne peut pas réussir là où il a échoué." C'est pourtant si simple formulé comme ça Barbara, comment j'y ai pas pensé moi même, je me serais évité bien des noeuds au cerveau.

Bravo Madame pour tant de justesse, au plaisir d'en parler au Festival Sans Nom en octobre. La folle qui vous "hugera" en vous disant merci, ce sera moi ;-)











lundi 21 mai 2018

LE PETIT LEBANSKI, Stéphane Chamak - Widj Editions



J'avais envie de lui faire une petite blagounette à Stéphane Chamak et de lui dire que je n'avais pas aimé son livre, mais en mettant la dose genre "c'est quoi cette daube..."

Sauf qu'après avoir lu la fin de son livre, j'ai pas pu.(je sais, je suis faible)

Qu'on se le dise tout de suite, lui et moi, on ne se connait pas. On s'est trouvé sur Facebook, dans plusieurs groupes de lectures et ça nous a amené à discuter de certains bouquins, parfois de films. 
Pour résumer, il lit rien de ce que je lis, je ne lis rien de ce qu'il lit. C'est vous dire !
Quand tout le monde s'étend sur un bouquin en disant à quel point il est "addictif", lui demande l'autorisation de ne pas le lire... Moi ça me fait rire et depuis le début, ce garçon me fait rire. 

Bref, quand son bouquin est enfin dispo en version numérique, je l'achète dans la demi-seconde car il a refusé de me l'envoyer (tiens prends ça). Il n'a offert cette possibilité qu'aux français de France, c'est vous dire le genre de "racisme" qu'il inflige à son lectorat naissant.
(second degré les amis, second degré )

Un très petit résumé pour ceux qui n'auraient pas la force nécessaire d'aller chercher sur le web. 
Victor Lebanski est un homme de petite taille (pas un nain, il mesure 2 cm de plus qu'un homme qu'on qualifierait de nain). Il dirige un bar le Fender. Un soir, une bagarre éclate et un homme en sort très grièvement blessé. Pour fuir la case prison, Victor accepte une mission confiée par Paul Brochet : celle de retrouver son fils Axel. 
Je dis un mot des personnages qui apportent  beaucoup de piquant et de rire à son roman? :
Mes chouchous ? 
- Milos, acteur de son état 
- Farid et ses boulots improbables 
Lisez, vous comprenez pourquoi !

Je ne m'attarde pas sur l'histoire en elle-même, parce que je voudrai surtout parler de son style (littéraire pas vestimentaire). 
C'est ça que j'étais venue chercher : savoir ce qu'il avait dans le bide !

Autant vous le dire, j'ai été soufflée !!

D'abord, on trouve dans ce livre des passages de toute beauté (vous les reconnaitrez, ils sont écrits en italique), des souvenirs-rêves d'un moment de grâce absolu entre un père et son fils. Un moment, comme on en a tous en mémoire quand on se souvient d'une personne importante de notre vie, un moment qui n'a l'air de rien mais qui reste profondément ancré dans notre mémoire. 
L'architecture du livre est construite sur ce moment là et la variété avec laquelle il raconte ce moment précis, à chaque fois différemment, en fait un leitmotiv doux et quasi cinématographique. J'étais cachée derrière un arbre, et la scène, je la voyais. 
Si rien ne remonte de votre enfance quand vous lisez ces passages, vous avez le droit de m'appeler Gertrude à vie.(pardon pour les Gertudes, j'aurai pu écrire Germaine)
Attention, il n'y a pas de pathos dans ces moments là, pas de larmes à verser, pas de sentiments exagérés qu'on peut trouver dans les films choubidous (entendez par là, comédies romantiques), non, de vrais moments juste sincères.
Vous savourerez aussi ses petites phrases sur le temps qu'il fait, que j'ai trouvées de toute beauté. Il ne se contente pas de dire qu'il fait beau, ou qu'il pleut, ou qu'il gèle mais sa capacité à mettre de la poésie partout va jusque là ! Et la lune, vous ne la verrez plus jamais de la même manière après ça.

Ce qui est très réussi aussi c'est l'alternance entre des passages très drôles (oui, on rit beaucoup dans ce film- lapsus révélateur ) et des idées plus profondes.
J'ai aimé ses réflexions sur la beauté de la femme, sur la vieillesse, sur la mort, sur la vie en générale. C'est joliment formulé et ce n'est pas gnangnan ( comprenez pompeux à mort et c'est pas non plus travaillé au dictionnaire des synonymes pour faire genre... )
Parallèlement, l'association stylistique des idées pour faire sourire et même rire sont très bien trouvées et contrebalancent vraiment harmonieusement les passages un peu plus profonds.

Il faut que je vous dise aussi qu'il y a beaucoup de références dans ce livre.
Cinématographiques d'abord (vous pourrez vérifier vos connaissances),
Et musicales. Mais la magie, le truc de dingue de ce livre c'est que Ses références musicales vont de pair avec la musicalité de Ses mots. En version simple, pour les blondes comme moi, son écriture, c'est de la musique.
C'est de la musique et de la poésie, 
C'est de la musique, de la poésie associées à un one man show.

A la fin du résumé Amazon, on vous dit ça. 
"Entre la comédie loufoque, le polar et le sentimental, servi par une plume percutante, visuelle et poétique, l’auteur signe, deux ans après « Les Ephémères », un roman aussi inclassable que jubilatoire."
Et bien, c'est tout à fait vrai, il n'y a pas d'arnaque sur la marchandise!
Je vous laisse admirer aussi ses qualités marketing, je ne sais pas vous, mais moi ça me fait rire.

"gé adorer mé ya des fôtes" (Samir Nasri)
"Je me suis éclaté !" (Daesh)
"Une oeuvre qui nique sa mère" (Joey Starr)
"Une oeuvre miraculeuse : J'ai même souri une fois !" (Christine Angot)
"Je préfère encore rester dans le coma" (Michael Schumacher)
"Pas mal comme livre, mais aucun des personnages n'est français de souche. C'est regrettable" (Robert Ménard)
"Un livre, c'est la vie. Et la vie, c'est le livre. Dans le livre, y a la vie. Et la vie, c'est comme le livre de la vie. Et ça, c'est beau" (Jean Claude Vandamme) 
"Stéphane Chamak, laisse-moi être ta chose !" (Salma Hayek - oh yeah)
"Le Goncourt, c'est dans la poche. Comme ma main." (Jamel Debouzze)

Je me doute qu'il doit être stressant d'attendre les retours des bêta-lecteurs et je l'imagine bien collé à son ordinateur en attente de...
Je vous livre une info exclusive qui sera à la une de Paris Match demain : pour gérer son stress, Stéphane fait du mal aux arbres... même aux arbres nains !! C'est mal Stéphane, c'est très très mal !!!!



samedi 19 mai 2018

CLAUSTRATIONS, Salvatore Minni - Nouvelles Plumes


Warning : cette chronique ne reflète que mon avis, elle n'est en aucun cas une représentation de l'avis général. Si tu cherches un peu, tu verras que ce livre a des critiques dithyrambiques un peu partout.

Au début, j'avais l'impression d'être dans un film primé à Cannes, d'origine Ouzbek, en langue originale sans sous-titre : le noir total !
Tu me diras, c'est plutôt une bonne chose pour un thriller : larguer son lecteur dès les premières pages et ne lui proposer les clés qu'à la fin. 
Cette partie est réussie : impossible de savoir où on va. Je comprenais à peine comment raccrocher les wagonnets des chapitres. 
En deux mots, je t'explique : plusieurs personnes sont enfermées (entends prisonnières)  dans des endroits différents. Elles ne se connaissent pas mais portent toutes le même tatouage. Les chapitres s'égrènent en mettant en lumière un personnage, puis l'autre et ainsi de suite.

A la page 15,  j'ai eu des suspicions mais aucune preuve pour étayer ces suspicions.
A la page 34, j'étais quasi sûre de ma thèse, toujours sans indice pour la justifier.
A la page 60, j'ai failli abandonner parce que j'en pouvais plus. Sur les bonnes critiques de Camille et de Florence, j'ai continué... en sortant mon Bescherelle, je t'explique à la fin pourquoi. Et j'attendais le fameux twist dont tout le monde parlait.
A la page 120, j'étais au bout de ma vie : je me suis endormie 2 fois assise dans mon fauteuil devant la cheminée. 
Mais je voulais en avoir le coeur net !
Donc Page 176, révélation : une partie de ma théorie se vérifie.
Sauf que j'ai du attendre 176 pages pour l'avoir et que 176 pages c'est très très long quand tu es obsédée (obnubilée ?) par l'utilisation de la conjugaison.
Ce que je vais dire risque de faire hurler les puristes car oui ce livre est écrit dans un excellent français. Sortez vos bescherelles : l'auteur écrit au passé antérieur et au subjonctif imparfait. (mais pas que...) C'est beau et je ne plaisante même pas.
Oui j'ai ressorti mon Bescherelle ( vous savez celui qui a une couverture rouge et qui vous a suivi toute votre scolarité ?)
Oui j'ai révisé mes modes et mes temps,
Oui j'ai souligné des verbes conjugués parce que ça fait genre 3 siècles que je ne les avais ni entendus, ni lus.
Je sais, c'est pas juste de lui faire un procès pour ça, on devrait au contraire le féliciter. 

Sauf que...
Je n'ai plus focalisé que là-dessus, comptant combien il y en avait, les entourant au crayon  en mettant des points d'exclamation dans la marge. Tu vois le genre d'hystérie ??
Bref, je ne pouvais plus me concentrer sur le contenu, ni sur l'histoire. Même le twist de la page 213 m'a laissée de marbre tellement j'en avais marre. (celui-là je ne l'avais pas vu venir)

Alors, pour être tout à fait honnête, ce livre est passé après le dernier Thilliez, et le dernier Grangé. C'était peut-être pas une bonne idée de lui faire ce cadeau. Quoi que...
Au niveau des éléments qui instruisent un bon thriller, on y est : l'auteur sait raconter des histoires mais pour moi, il faut à tout prix assouplir le style. 
J'ai discuté hier soir avec son agent, un homme charmant ouvert à la critique, (oui c'est assez rare pour être souligné), un second livre est en préparation, que je lirai parce que je veux pouvoir constater l'évolution de son écriture. 

Je termine en vous mettant les liens vers les chroniques d'Anaïs et de Nadia, qui elles ont adoré, histoire de faire l'équilibre ;-)
http://livressedunoir.be/claustrations-salvatore-minni/
https://anaisseriallectrice.wordpress.com/2018/05/05/claustrations-salvatore-minni/




jeudi 17 mai 2018

BABY DOLL, Hollie Overton - Mazarine


Accroche-toi Jeannette !! Ce bouquin ne va pas te laisser 5 minutes de répit.
On va de frayeurs en frayeurs.
Non, ce n'est pas trash, c'est psychologiquement difficile à encaisser.

Lily a été enlevée par un cinglé,
Sauf que le cinglé en question, c'est un gars bien sous tous rapports.
Le côté cinglé est bien planqué au fond de lui et ne ressort que quand il passe du temps avec sa victime. 

Un soir, il oublie de fermer le verrou de la cabane où est enfermée Lily. Elle n'a pas entendu le bruit caractéristique de la porte se verrouiller. Elle saisit sa chance pour s'échapper... 
Avec sa fille Sky, parce que oui le cinglé lui a fait un môme.
On redoute qu'elle n'y parvienne pas, on craint le retour du cinglé, on la supplie intérieurement de se magner les fesses. Elle marche dans la nuit, avec sa fille, pour rentrer chez elle, son vrai "chez elle". Ca la 4ème de couverture te le dit.
La couverture te dit aussi que "s'enfuir n'était que le début".
Ca devrait te donner un indice pour la suite.
Les 8 ans de kidnapping n'étaient pas les plus difficiles, c'est maintenant que les vrais soucis commencent.
Sur la 4ème de couverture, on te dit aussi que Lily a une soeur jumelle, Abby, comme l'auteur dans la vraie vie. C'est dire si la gémellité elle connait. Parce que ce livre traite effectivement beaucoup de la gémellité, de comment on se ressemble, de ce qui différencie, et de la différence de vécu aussi, entre celle qui a été enlevée et celle qui est restée. 
Puis, de la relation retrouvée entre les 2 soeurs.
"Avoir des jumeaux, c'est accoucher de trois choses : les deux enfants et leur relation" 
C'est une "unité à deux têtes"

C'est difficile de parler de ce livre sans spoiler, mais les rebondissements arrivent toutes les deux pages. La souffrance aussi, mais sans jamais verser dans le pathos : on n'y trouve pas de description accablante des sévices encourus, mais des listes qui laissent place à l'imagination, et ça c'est très bien abouti.
Depuis la sortie de sa prison, Lily tente de se reconstruire et d'aider aussi sa petite fille à découvrir une vie, celle du dehors, qu'elle ne peut pas connaitre. Pour un animal, on dirait "né en captivité", là c'est un peu pareil, sauf qu'on parle d'une petite fille.
La succession d'événements qui vont leur arriver est concret, objectif, si tu as lu l'histoire de Natascha Kampusch, tu peux imaginer...

J'ai beaucoup aimé l'articulation des chapitres : chaque protagoniste y a sa voix, tantôt c'est Lily, tantôt Abby, tantôt Eve leur mère, mais aussi Rick son ravisseur, ou Missy la femme de celui-ci. Ca donne un côté oppressant au bouquin, parce qu'on entre dans la tête de chacun. 
Beaucoup de thème sont traités en plus de la difficulté  de la reconstruction, comme le travail de sape du bourreau envers sa victime, l'affaiblissement de la victime face à son bourreau, le sentiment de n'être plus rien ni personne. Rien que tu ne puisses pas imaginer quand tu lis le pitch, sauf que c'est vraiment bien écrit.
Tu imagines bien la présence de la presse aussi, incapable de laisser une affaire de ce genre là dormir au fond d'un tiroir. Le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres et une affaire comme celle là fait vendre.
Il y a aussi des retournements de situation, l'auteur te fait douter... de beaucoup de choses. Tu as souvent la sensation d'être manipulé sans trop savoir pourquoi. 
Sueurs froides et doutes, c'est bien résumé pour ce bouquin. 

8 années enlevée à sa famille, ça fait 3110 jours exactement, c'est long.
Il y a beaucoup de chiffres dans ce livre qui te donnent la nausée et qui laissent une sacré part à l'imagination. 8 années pendant lesquelles une famille a été détruite et va devoir apprendre à se reconstruire et à se re-découvrir. Ca laisse des traces 8 ans, chez celui qui est parti, mais aussi chez ceux qui ont attendu.

Hollie Overton signe ce livre de main de maitre. Tout est dans le psychologique : elle te tient et ne te lâche plus ! Toi aussi tu deviens un peu voyeur parce que tu veux savoir, TOUT savoir. 
Pour info, elle vit à Los Angeles, avec sa soeur jumelle. 




Son deuxième bouquin s'appelle "The Walls"(les murs) pas encore traduit en français. Elle met à nouveau l'aspect psychologique des personnages en exergue, à travers le mariage cette fois-ci, quand de ton propre chef, le cinglé tu l'épouses. Moi j'adhère, quand c'est bien fichu, et si c'est comme le premier, ça devrait être bien fichu.




dimanche 13 mai 2018

LA TERRE DES MORTS, Jean-Christophe Grangé - Albin Michel





Avant d'écrire cette chronique, je regarde les photos de Jean-Christophe Grangé et je me demande comment ce gars aux grands yeux bleus et aux cheveux gris a pu nous écrire un thriller pareil, dans lequel la première partie te scotche littéralement contre un mur ?

Puis j'ai écouté une interview dans laquelle il explique comment l'idée de ce roman lui est venue et ce qu'il avait cherché à développer.


D'abord, un héros borderline qui navigue entre le bien et le mal, la légalité et l'illégalité, un véritable électron libre au sein de la brigade criminelle. Jeunesse compliquée, mariage compliqué, vie intérieure compliquée, boulot compliqué, je sais, ça fait beaucoup de compliqué... Violence profondément ancrée dans ses tripes, en lutte perpétuelle contre lui-même, on est très très loin de Pinot simple flic !

Corso est un flic très attachant, justement parce qu'il a d'énormes failles et qu'il ne cherche pas à les dissimuler. Il a une grande honnêteté intellectuelle vis à vis de lui-même et cela le rend "aimable" dans le sens digne d'être aimé. 
Mission accomplie donc pour l'attachement du lecteur au personnage central.

Corso est confronté aux meurtres de plusieurs strip teaseuses. Son principal suspect,  Philippe Sobieski, dégénéré sur bien des plans est aussi un peintre devenu célèbre. L'essentiel du thriller est axé sur le duel qui oppose Corso à Sobieski, l'étendue de la perversité sous toutes ses formes et la volonté de débarrasser le peintre de la surface de la société.

Le thriller est construit en 3 parties :
- La plongée dans les milieux underground 
- L'enquête 
- Le procès

Je disais que la première partie scotche le lecteur au mur et c'est pas peu dire. 
On entre de plein fouet dans le milieu du porno hard (vraiment hard), du sadomasochisme, du bondage et de l'art du Shibari. Cette partie fourmille de scènes ultra violentes, surtout sexuellement violentes et il faut avoir le coeur bien accroché car la plongée dans le milieu de ces déviances sexuelles en tout genre est sacrément crue. On en ressort à bout de souffle, un peu terrassé par l'abondance d'images qui arrivent dans la tête, plus cruelles et plus sadiques les unes que les autres. Je ne suis pourtant pas née de la dernière pluie mais franchement j'ai appris des trucs ! 
Cependant, il serait injuste de cantonner ce livre à une surexposition de pratiques sexuelles déviantes, ce serait lui accorder peu de crédit. 
Par ce biais, on plonge directement dans l'enquête qui occupe Corso : les meurtres des strip teaseuses. 
L'enquête se déroule donc dans la seconde partie. L'originalité du scénario c'est que le nom du coupable est très vite révélé. L'essentiel sera axé sur les preuves à trouver et sur l'anticipation de la manière dont les choses se sont déroulées pour la préparation du procès. La mise ne lumière des relations entre Corso et Sobieski est vraiment intéressante psychologiquement parlant car naviguant en eaux troubles, entre le bien et le mal, le flic se retrouve sans cesse confronté à ses propres démons.
Pour finir, la troisième partie évoque le procès. Jean-Christophe Grangé avait très envie de  décrire toutes les étapes d'un vrai procès et de plonger le lecteur au coeur d'un tribunal. C'est chose faite puisqu'il vous ballade, en fonction des preuves annoncées, à coup de revirements de situation, d'un côté du ring, puis de l'autre, coupable, non coupable, coupable, non coupable, dans la position d'un juré.


En bref, j'ai tout simplement adoré ce bouquin. J'ai trouvé un Grangé qui a pris du galon, une confiance en lui dans la description des scènes pas faciles à brosser, des aspects psychologiques hyper intéressants pour un personnage principal très loin du héros "prince charmant". 
Sa façon de mener sa barque est retorse, la mécanique singulière  et ça fonctionne à mort ! Les certitudes sont souvent chamboulées et on reste littéralement cramponné à son bouquin. 
Je rajouterai simplement que son écriture est très visuelle, c'est sans doute pour ça que ses livres sont très vite adaptés au cinéma. 
Bref, foncez, c'est du lourd !






















LE MANUSCRIT INACHEVE, Franck Thilliez - Fleuve Noir




Dix-septième roman de Franck Thilliez et c'est toujours avec le même délice que je m'y plonge sans vraiment savoir de quoi il parle la plupart du temps. 
Il fait partie de ces auteurs dont j'achète les livres automatiquement. 
Une chance pour lui me direz-vous, pas besoin de beaucoup de promo. Pas forcément puisqu'il faut que le roman soit à la hauteur, meilleur que le précédent et la logique veut qu'une fois qu'on est au sommet, on ne peut que redescendre : c'est logique ! 

Sauf que rien n'est tout à fait logique dans les bouquins de Thilliez, ni dans le succès qu'il peut avoir car loin de se reposer sur ses lauriers et sur des ficelles éprouvées qui fonctionnent, il se renouvelle sans arrêt et nous surprend encore à chaque fois. 

En quelques mots, sans m'attarder pour ne pas dévoiler trop de détails importants du bouquin, voici en très très gros de quoi il parle (sachant que le résumer relève de l'impossible) :
Léane Morgan est une auteur de thrillers à succès qui écrit sous le pseudo de Enael Miraure. 
Un jour, sa fille Sarah disparait et son mari est sauvagement agressé. 
Parallèlement, la police de Grenoble retrouve dans le coffre d'une voiture le corps d'une femme extrêmement mutilé. 
Pour le reste, à vous de le découvrir. 

Ce que j'aime chez Franck Thilliez c'est la rapidité avec laquelle il nous emporte dans ses délires littéraires. Avec force détails, travail documenté et précis (il doit passer ses nuits dans des morgues ou en chambre de dissection), son récit devient extrêmement crédible et ce, dès les premières pages. Il provoque ainsi une véritable addiction. 
Les arcanes de l'intrigue ont certainement été longtemps pensées en amont pour proposer au lecteur un véritable jeu de piste. L'intrigue est construite sous forme de tiroirs et c'est au lecteur de recouper les informations données au compte-gouttes, d'éliminer les fausses pistes, de trier le vrai du faux et l'utile de l'inutile pour comprendre où il veut vraiment en venir. Et Dieu sait qu'il noie le poisson Franck ! Même la personnification de la nature, sombre et effrayante contribue à asseoir l'ambiance de "fin du monde" du bouquin.
Tout est savamment calculé, du plus petit détail qui n'a l'air de rien, aux descriptions morbides qui vous font hurler et cauchemarder.
L'alternance des chapitres mettant en lumière les différents personnages permettent de garder le suspense à son apogée dans le but d'encourager le lecteur à poursuivre sa lecture. Les dialogues sont percutants et apportent à l'histoire une vraisemblance  supplémentaire.
On pourrait s'attarder également sur la profondeur des personnages, mais si vous avez déjà lu Thilliez vous savez que c'est l'une de ses grandes forces. 
Dans chacun de ses livres, Franck Thilliez choisit d'aborder une thématique qu'il développe au fur et à mesure. Quelques-une ici sont réellement passionnantes et dignes d'un travail de journaliste/scientifique tant il va dans le détail. Pour exemple, on pourrait citer l'hypermnésie, l'amnésie, et tous les troubles inhérents à  la mémoire.
On y trouve également une belle mise en abîme du métier d'écrivain avec de nombreux questionnements sur l'acte d'écrire,  (Vous avez remarqué d'ailleurs combien cette question obsède nos écrivains en ce moment ?)  la fiction rattrapée par la réalité à moins que cela ne soit le contraire...
Tout cela fait la force de l'écriture de Franck Thilliez.


Ce qui m'amène à mon second point, un peu plus discordant celui-là.
L'impossibilité pour le lecteur de lâcher son livre, cette addiction à tourner les pages les unes après les autres peut également avoir des répercussions plus négatives. 
Pourquoi ? Le livre étant très dense au niveau narratif, il ne faut pas en perdre une miette et si on perd le fil, on ne suit plus. Si on lit le soir en étant un peu fatigué, et que notre cerveau ne capte plus tous les mots (après 437 pages, ça se comprend), on compromet sérieusement sa capacité à suivre le récit. 
Pour moi, cela aura été une lecture avec prise de notes, notamment noms et rôles des différents protagonistes qui arrivent au gré des pages, pour pouvoir me souvenir de qui fait quoi. Cela demande donc une lecture attentive et  très participative. 
De plus, un peu à la façon du Petit Poucet, Thilliez sème de petits cailloux blancs à travers les pages. Cailloux qui ont une fonction d'indice. Relevez-les tous, vous pourrez faire le puzzle à la fin. Ratez-en un, vous ne comprenez pas comment il en est arrivé là. 

Si l'évolution de son lectorat pouvait se comparer à un objet, je l'associerai à un entonnoir : pas par rapport au nombre de ses lecteurs qui ne cesse d'augmenter, mais par rapport au nombre de gens qui sont susceptibles de décrypter tous les codes cachés de ce qu'il a voulu dire, tous les sous-entendus, tous les indices cryptés. 

Avec beaucoup de franchise, je dirai que je ne suis plus sûre d'appartenir à cette catégorie de lecteurs là, celle qui parvient à tout décoder. Je pense vraiment que ce que je comprends du livre est peut-être la moitié de ce qu'il a réellement cherché à me faire comprendre. 
Que ça mériterait sans doute une seconde lecture (et pourquoi pas une troisième) pour asseoir les certitudes ou au contraire toutes les virer. 
Ces romans sont à la fois construits comme des casse-tête mais aussi comme des puzzles et c'est avec beaucoup de curiosité que j'aimerai en débattre avec ceux qui ont déjà lu le "Manuscrit Inachevé" pour comprendre leurs hypothèses et le cheminement de leur pensée. 

Surtout ne nous méprenez pas, j'adore Thilliez, je le suis depuis le début. 
Je dis simplement que ses romans deviennent de plus en plus confidentiels, destinés à une "catégorie" de lecteurs qui doivent être capables de saisir le second niveau et peut-être même le troisième niveau de ce qu'il a voulu transmettre. 
Cela nécessite d'être prêt à entrer dans un labyrinthe dont on ne sait pas vraiment si on va pouvoir en sortir en ayant compris la logique du chemin emprunté. Vous me suivez ?
Je ne porte aucun jugement de valeur sur ce choix, je dis simplement qu'en ce sens, il est très différent des autres auteurs de thrillers. 
Ca en fait un auteur singulier qui n'a pas fini de nous surprendre. 

Vous avez certainement entendu parler des controverses concernant la fin du livre.
Me concernant, ce n'est qu'une version parmi de multiples autres possibilités que nous a livrée Franck Thilliez et après tout, ce n'est pas lui qui l'écrit : c'est le fils de Caleb Traskman, auteur du "manuscrit inachevé" dont Franck ne se fait que le porte-parole. 
En explorant le roman encore une fois, en relevant de nouveaux indices, il est sans doute permis au lecteur de construire une autre fin ....

























lundi 7 mai 2018

LA JEUNE FILLE ET LA NUIT, Guillaume Musso - Calmann Levy


Alors ? il est comment le dernier Musso ? 

Question rituelle et récurrente ... 
Avant, lorsque je ne chroniquais pas les livres que je lisais, on me faisait souvent ressentir une espèce de honte latente lorsque je disais le lire...
Tu lis Musso toi ?? Oh lala, c'est pas un peu de la daube ce truc là ? (et oui, tout le monde lisait invariablement le dernier Nothomb, qui chaque année devenait de plus en plus fin, coûtait le même prix et me sortait par les trous de nez depuis que je l'avais vue à la télé, chapeautée entrain de bouffer des fruits pourris)
Qu'est ce que j'en ai entendu !!!
C'est pas de la" bonne" littérature... c'est trop "simpliste"... trop "simplet".... les ficelles sont trop grosses.... ça manque de tout : de jolis mots, d'idées, d'une histoire qui tienne la route.
Bref lire Musso, c'était pas politiquement correct, le bas de l'échelle en littérature, la loose quoi. 
A ce jour, le gars a vendu  30 millions de romans mais personne ne le lit (officiellement). 
D'ailleurs, avez-vous lu beaucoup de chroniques sur son dernier livre ? A part dans la presse je veux dire ?? Cherchez l'erreur...
Le miracle de l'édition : il a vendu 30 millions de bouquins à sa famille et le reste est dans sa cave.( hiver, neige, cheminée, feu ??)
Trente millions selon les autorités: 3 pelés, 4 tondus selon la police. 
En gros, on le lit sous le manteau, ( comme "Lui " dans les années 90), et on cache bien la couverture derrière un bon bouquin de philo, genre Hannah Arendt qui a l'air d'être super à la mode, elle !

Ca me fait penser à la remise des césars : les films dits "populaires" qui ne sont jamais récompensés, pas assez bien pour l'intelligentsia bobo. 
On nous gave le mou avec des trucs imbitables genre festival de Cannes où personne ne comprend rien. Y a qu'à lire Télérama, tu tombes de ta chaise quand tu regardes un film qu'ils ont encensé ou un livre qu'ils ont porté aux nues. Je vais me faire des copains ;-) 

Vous l'aurez compris, ça m'énerve. Et chaque année, je m'énerve. 
Les auteurs qui réussissent ont mon admiration, réussite intelligible ou non, ils ont un peu bossé, écrire un roman c'est quand même pas l'équivalent d'une promenade sur la plage.  
A ceux qui n'en sont pas encore là, je souhaite le même succès grâce à des lecteurs lambda, dans mon genre, pour leur faire une petite mise sous le projecteur.

Guillaume Musso a su conquérir son lectorat, avoir ses fidèles et tous les auteurs voudraient bien pourvoir jouir de cette fidélité et de ce succès là! 
Ne nous mentons pas, et cessons une fois pour toute d'avoir honte de ce que nous lisons, ou d'aimer ce que nous aimons. C'est stupide et complètement puéril. 

Bref, je passe aussi sur  la polémique gonflante du changement d'éditeur. 
Il fait encore ce qu'il veut. Il a eu un gros chèque. Et alors ??? Il l'a volé ?? 
Est-ce qu'on s'en fout pas un peu de connaitre les arcanes du changement, personnellement je m'en fous comme de l'an 40.

Bref, 16ème roman donc, 1 par an à peu près, attendu comme le Messie, par moi notamment  la pelée des 3 pelés et 4 tondus. 
Pourquoi donc ? Parce que je dévore ses romans en moins de 24 heures. Que je suis totalement embarquée... que je ne pense plus à grand chose d'autre... que je rentre complètement dans son univers et quand j'en sors, et bien je suis un peu triste. 
Un an à attendre le suivant c'est long. 
Je dis qu'il fait le job, celui que j'attends d'un bouquin, c'est à dire de vous emporter dans une autre réalité, avec des personnages dont on se sent proche, qui vous procurent des émotions et qui pourraient être vos voisins de pallier. 
On dira oui mais l'écriture alors ? Ben quoi l'écriture ? C'est pas Sartre ! Je ne crois pas que se soit vraiment son but !
Et puis, son style progresse de livres en livres, on est quand même à des années lumière de "Et après ", son premier roman.

C'est ma petite pause, entre 2 polars, un très bel échappatoire que je ne renie plus.

Il est comment donc le nouveau Musso ?
Il est bien, et même très bien. Il est prenant ! Voilà ! 

Cette fois-ci, il nous embarque à Antibes ( il a abandonné New-York terre de prédilection de ses romans). L'action se déroule en 2 temps :
- Hiver 1992
- Printemps 2017
En 1992, Vinca, brillante élève de prépa s'enfuit avec son prof de philo. On ne les reverra jamais.
En 2017, les meilleurs amis de Vinca se retrouvent lors d'une réunion d'anciens élèves. Certains savent que quelque chose de terrible est arrivé lors de cette soirée de 1992 : un meurtre a été commis, le corps de la victime a été emmuré dans le mur du gymnase et ce mur, justement, menace d'être détruit. 
L'action développée en 1992 est truffée de références culturelles (musique, cinéma, littérature). 
J'avais alors 18 ans  et j'ai retrouvé avec nostalgie quelques références qui m'ont replongée dans ce temps là, temps de l'insouciance, et ça m'a fait du bien, tout simplement. 
C'est un thriller plutôt intime, voir intimiste, qui se boit comme du petit lait.

Ne vous laissez pas influencer par ce qu'on pensera de vous si vous lisez le dernier Musso, faites-vous simplement du bien ! Les coupeurs de tête ou préleveurs d'organes en tout genre vous attendront ;-)


COMPLOT, Nicolas Beuglet - XO

Après "le cri", Sarah Geringën, inspectrice décide de partir vivre avec Christopher et son petit garçon Simon sur l'ilot de ...