mercredi 31 janvier 2018

JUSTE APRES LA VAGUE, Sandrine Collette - Denoël

Pata, Madie et leurs 9 enfants sont frappés par un raz de marée. 
L'eau montant progressivement mais inexorablement, les parents décident de prendre la mer. 
Leur barque de fortune ne peut pas contenir 11 personnes, ils sont donc obligés de faire un choix : quels enfants laisser sur l'île, lesquels emmener. 
Après avoir trouvé de l'aide, le père en personne, il en la certitude, reviendra chercher ceux qui restent : Louie (le boiteux) , Perrine (la Borgne) et Noé (le nain), c'est à dire les enfants les plus fragiles... les moins "réussis", ceux qui pourraient les ralentir dans leur quête d'asile.
Le lecteur suivra d'abord la survie des enfants, puis la fuite des parents, et enfin, retrouvera les enfants jusqu'à l'épilogue.

Comment sortir indemne d'un tel roman ?
Comment répondre à cette effrayante question " Quel enfant va-t-on laisser ?"

Ce roman a certainement fait ressurgir un trauma en raison de ce qui ce qui m'est moi-même arrivée ce 9 janvier 2018.  
Ici à Montecito, non loin de Santa Barbara-Californie ce n'est pas un raz de marée qui nous a atteint, mais 2 énormes coulée de boue qui sont descendues de la montagne déjà fragilisée par les feux californiens du mois de décembre 2017 : des arbres, d'énormes rochers, mais aussi des voitures et même des maisons entières. Bilan 20 morts, toujours deux disparus ...
Lors de cette nuit terrible où j'étais seule avec mes deux filles à la maison, écoutant le vacarme de la pluie torrentielle sur le toit, le bruit des secours et des hélicoptères, des tuyaux de gaz explosant qui ont transformés la nuit en plein jour, je suis partie en laissant ma maison, avec mes deux filles, évacuées par la garde nationale.
Forte des émotions ressenties cette nuit là, la terreur, l'angoisse, le sentiment d'être seule au monde, coupée de la civilisation à cause des routes fermées, des communications bloquées, du gaz, de l'électricité coupés, j'ai revécu cette scène à travers ce livre, comme ces 3 enfants laissés sur le bord du chemin, sans parent, livrés à eux même avec l'eau montant, laissant entrevoir une mort inéluctable.

Je n'ai pas eu à choisir, comme Madie et Pata lesquels de mes enfants j'allais laisser derrière moi. Je n'avais pas 9 enfants à sauver. Pas de question à me poser sur ce qu'elles allaient devenir, comment elles allaient pouvoir rester seules, sans moi, avec la boue qui montait. 
Et pourtant, c'est comme si j'y avais été...

Comment ne pas se laisser submerger par le questionnement des enfants ?
 -Pourquoi nous ? : 
" Parce que je suis trop petit, que Louie a une jambe malade et Perrine un seul oeil, c'est pour ça qu'ils nous ont laissés ? Parce qu'ils ne nous aimaient pas ?"
le questionnement des parents 
 -Comment vont-ils, sont-ils vivants ? :
" Comment ont-ils réagi ce matin en se réveillant et en découvrant la maison vide ?
 - Comment se pardonner ?" : " si c'est la punition pour avoir abondonné Louie, Perrine et Noé sur l'île, si trois de ses enfants emmenés dans la barque doivent mourir pour lui faire regretter sa décision, lui dire que ce n'était pas ceux-là qu'il fallait choisir, mais comment savoir, comment être pardonné..."

Ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman noir  est terrible d'authenticité, comme si, par je ne sais quel tour de passe-passe, j'avais vécu moi-même ce choix, cette terrible déchirure de la séparation, cette envie de mourir à cause d'une décision prise.
On a toujours le choix entend-t-on souvent dire ...
Mais quel choix ? Comment choisir parmi la chair de sa chair ? et surtout comment s'en relever ?

C'est le premier livre de Sandrine Collette que je lis
Peut-être était-ce le bon moment.
Ou juste l'histoire qui correspondait un peu aux derniers événements surgis dans ma vie. 
Ou juste la terrible humanité avec laquelle elle raconte les évènements.
Ou juste son style qui oscille entre le narratif descriptif  et les pensées qu'on se livre à soi-même quand on vit en plein chaos.
Ou juste la description d'un espace spatio temporel minimaliste qui permet que l'on s'identifie...

Mais certainement pas un roman qu'on oublie 
Certainement pas un roman qu'on lâche 
Sûrement un roman qu'on emporte avec Soi, quand la vie nous joue des tours.

C'est avant tout un roman sur l'amour, parental, filial, sur le choix, sur le pardon, sur la culpabilité, le désespoir, toutes ces émotions qui font ce que nous sommes : des Etres profondément Humains.

Merci Sandrine pour cette avalanche d'émotions, l'essence même d'un excellent roman.

















mercredi 24 janvier 2018

LUMIERE NOIRE, Lisa Gardner - Albin Michel



Vous êtes claustrophobe? Abstenez-vous de lire ce bouquin 

Vous êtes bien au chaud dans votre canapé, près du feu ? Vous aurez vite l'impression de vous retrouver dans une boite à peine plus grande que vous.
Vous allez bien ? Vous aurez mal aux reins et aux omoplates, chaque mouvement vous arrachera un cri
Vous avez diné ? Vous aurez faim 
Vous avez bu ? Vous aurez soif
Rien ne pourra empêcher de vous identifier à cette fille, enfermée dans un cercueil, qui va y passer un certain temps, beaucoup de temps...

Flora a été kidnappée 
Pendant 472 jours 
Et elle a survécu
à tout.
Aux humiliations, aux brimades, à la cruauté psychologique, à la faim et à la soif, au froid, à l'esclavage  sexuel, aux actes terribles qu'on lui a demandé d'accomplir pour survivre.
Peut-être a-t-elle même développé un léger syndrome de Stockholm, finissant par se persuader qu'elle n'était finalement digne de personne, à part de ce taré qui a décidé un jour de mettre fin à sa liberté.

Flora s'en sort, miraculeusement. 
Elle décide de devenir une machine de guerre spécialiste en survie. Chaque objet, même insignifiant,  devient un moyen de se sortir des pires situations.
Elle est obsédée aussi par d'autres filles disparues, elle seule pouvant comprendre ce qu'elles vivent... Elle se persuade qu'elle va pouvoir les sauver en chassant tous les pervers sexuels de la région.

Et justement, en cherchant l'une d'entre elles, elle se fait à nouveau kidnapper. Vous me direz, là, c'est trop ! Je me suis dis aussi, Lisa tu pousses un peu dans le scénario...
Et pourtant...

Impossible de lâcher ce thriller car sa construction, parfaitement maitrisée, nous tient en haleine passant du présent au passé, de la liberté au cercueil- prison, de la nouvelle prison du second kidnapping à la prison du premier.

J'ai dévoré les 503 pages de ce bouquin en un temps record car il faisait appel à des angoisses personnelles profondes renforcées par une ambiance très anxiogène.

Mon seul bémol concerne la fin... mais qui me connait sait que ce n'est pas une finalité pour moi. Ce qui m'intéresse avant tout c'est le cheminement. Si la fin est grandiose, c'est encore mieux mais cela n'altère pas ici le climat vraiment captivant.


vendredi 5 janvier 2018

DEFAILLANCES, B.A Paris - Hugo Thriller




Après "Derrière les portes", thriller psychologique domestique, voilà "Défaillances", le petit dernier des éditions Hugo thriller et le nouveau de B.A Paris qui avait considérablement marqué mon Année 2017 de lectures, avec son premier roman.

J'attendais donc celui-ci avec une grande impatiente, et j'ai tout lâché dès sa sortie pour m'y plonger.

De quoi ça parle ?
Cassandra rentre chez elle par une nuit de forte tempête. Pour gagner du temps, elle passe par la forêt. Sur sa route, elle croise une voiture garée, avec à son bord, une femme assise au volant. Elle se gare devant elle s'attendant à ce que cette dernière sorte de sa voiture mais il semble qu'elle n'ait pas besoin d'aide, malgré la pluie battante. Cassandra rentre donc chez elle. Elle apprendra le meurtre sauvage de cette femme le lendemain matin.
A partir de là, sa vie toute entière est plongée dans une sorte de cauchemar éveillé où chaque jour devient plus angoissant, plus oppressant, que celui à venir. 
Une descente aux enfers psychologique commence que seuls les psychotropes pourront atténuer. Convaincue qu'elle souffre de démence précoce comme sa mère, Cassandra s'enferme de plus en plus dans des délires paranoïaques... mais au final, peut-être pas si paranoïaques que ça.

Je crois que ça doit être la première fois que je ne sais pas dire avec certitude si j'ai aimé ou pas ce thriller.  Vraiment déstabilisant !

Le début est réellement captivant parce qu'il est axé sur la culpabilité et tout le développement psychologique du personnage principal, Cassandra, grandit, nourri par cette culpabilité, jusqu'aux premiers symptômes qu'on pense être de la démence précoce.
Je dois dire qu'après toute la succession d'événements étranges et inexpliqués  dont l'auteur fait étalage, j'ai commencé à ressentir une grande lassitude... Aucun indice véritablement donné si ce n'est la certitude, dès le début, que Cassandra n'est ni folle, ni paranoïaque, ni volontairement accro aux médicaments. Son malaise vient d'ailleurs, et certainement  provoqué par quelqu'un de son entourage, c'est une certitude.
Dès le premier 1/4, je sais d'où vient la "défaillance" car l'auteur aime les thrillers domestiques où l'on tombe sur une sorte de pervers narcissique qui a souvent l'air charmant, beau gosse et bien sous tout rapport.
Certaines choses m'ont bien irritées aussi : par exemple les appels anonymes incessants et répétés sur la ligne fixe. 
Nom d'un chien, j'avais envie de sauter dans le bouquin et de lui dire de débrancher ce foutu téléphone !!! Ce qu'une personne même droguée au dixième degré aurait fini par faire au bout du quinzième appel !
Et pourtant, j'ai continué, parce que je voulais savoir, connaitre le fin mot de l'histoire.
Que penser de la fin ? C'est presque trop facile en fait.
Comment quelqu'un qui est assomé par les cachets, qui dort pendant des semaines toute la journée, arrive a résoudre toutes les incohérences de sa vie en quelques jours seulement ! C'est magique !!! Et avec discernement et perspicacité en plus ! Son esprit est affûté, fin, esprit d'analyse au top, vengeance au top aussi ! Encore mieux que tout ce qu'elle aurait pu imaginer..

Donc j'ai oscillé
entre plaisir et irritation,
entre suspense et expectative, 
entre représentation psychologique brillante et exaspération de la défaillance intellectuelle
 (bon sang, réveille toi ma fille!)
Mais je l'ai dévoré
en 2 jours 
c'est à rien n'y comprendre !!!




LEURS ENFANTS APRES EUX, Nicolas Mathieu - Actes Sud

Eté 1992, Anthony a 14 ans. Il vit dans une petite ville fictive de Lorraine, Heillange où le temps semble s'être arrêté en même tem...