dimanche 29 avril 2018

MY ABSOLUTE DARLING, Gabriel Tallent, Gallemeister


Je viens de terminer "My absolute darling" et je vous livre ma chronique à chaud car j'ai bien peur de ne pouvoir m'y replonger lorsque quelques jours auront passé. 

La lecture du premier chapitre a failli me faire crever d'une crise cardiaque...
Le second aussi... 
Le troisième c'est bien simple, je ne pouvais plus respirer...
Autant dire que les magnifiques  descriptions de la nature et les cui-cui des oiseaux dans les branches n'ont à AUCUN MOMENT permis d'oublier l'atrocité décrite et suggérée de ce que vit Julia, alias Turtle. Oui, Gabriel Tallent ne décrit pas, comme Karine Giebel avec force  détails les monstruosités physiques et psychologiques que subissent cette petite fille, mais sur le degré de violence explicite et implicite, on y est largement !

C'est très clair, ce livre vous coupe le souffle. Il y a des moments où l'on n'ose même plus lire, de peur de découvrir un nouveau truc qui vous bouffe l'estomac et vous met dans la tête des images atroces. Moi même, je doutais avoir le cran de le finir.

Allez, on prend une grande respiration et je vous dis de quoi ça parle.

Julia alias Turtle a 14 ans. Elle vit avec son père dans une maison archi crasseuse dans laquelle les animaux font la vaisselle à coup de langue pour nettoyer les poêles (on est quand même très très loin de Blanche Neige, je vous assure !!!)  Ah oui, il y a des rats qui habitent là aussi... et des araignées... et toute sorte de bestioles qui ont élu domicile dans cette maison qui n'a de maison que le nom. Mais je m'égare...

Donc Turtle est élevée par son père Martin Alveston.
Elevée, c'est peu dire, dressée serait un mot plus adéquate. 
Elle est donc dressée par un père qu'on peut largement qualifier d'abusif qui, lorsqu'il lui parle la qualifie de "merde", ou de "connasse", ou de charmants petits mots doux qui s'insinuent dans le crâne de cette jeune fille qui finit par être persuadée qu'elle mérite à peine le droit de vivre tant elle est mauvaise.
Son éducation est militaire, par militaire j'entends la régularité de la vie quotidienne, les mêmes gestes faits chaque jour, les même repas, les même phrases sur le monde déglingué et sur l'apocalypse programmée, mais aussi le maniement des armes. Turtle, c'est un peu une Nikita en puissance, la hargne en moins. Elle connait tous les modèles d'armes à feu, sait les monter et les démonter, les nettoie tous les jours, s'entraine au tir sous les yeux de son charmant papa qui n'en rate pas une pour lui dire qu'elle est vraiment "une moule illettrée".
Parce que oui Turtle est totalement brainwashed ( j'aime ce mot en anglais car il est très expressif dans sa signification) : elle a le cerveau littéralement lavé par les paroles de son père 
"J'ai besoin que tu sois dur avec moi parce que je ne vaux rien pour moi-même" 
"Je suis nulle à l'école parce que je ne vaux rien(...) et je raterai toute ma vie."
" C'est bien le problème avec toi, sale petite conne : tu crois savoir ce qu'il y a dehors. Mais tu n'en sais rien. Tu es habitée d'une telle pauvreté intérieure, une pauvreté d'esprit, d'imagination, de coeur."

Ce que j'ai aimé (si tant est qu'on puisse "aimer" quelque chose dans ce livre) ou plutôt trouvé très bien amené sont :
- Les deux personnages principaux sont vraiment riches psychologiquement parlant.
Martin est un homme bourru et vraiment bourrin. Il a eu une enfance difficile, il est loin d'être stupide, lit de grands auteurs, a des théories et un avis sur tout, raisonne le plus souvent avec sa tête, malheureusement pas toujours. Est-ce qu'il aime sa fille ? A vous de me le dire... Je suis incapable de répondre à cette question....
Turtle semble vide et sans âme, sans opinion, totalement sous la coupe de son père. Elle a pourtant une vie intérieure très riche, elle se parle à elle-même mais ses paroles ne sont pas souvent les siennes. Elle passe son temps à s'auto-flageller sur sa médiocrité. Je peux difficilement continuer à décrire l'évolution de sa personnalité sans spoiler donc je m'arrête là. Est-ce qu'elle aime son père ? Je crois que oui, mais vous me direz...
Le contraste entre Martin et Turtle est donc stupéfiant.

- Les innombrables descriptions de la nature font ressortir la morosité,  la violence et le côté vraiment malsain de la relation qui existe entre des deux personnages principaux . Je dois avouer que j'en ai eu marre, et à de nombreuses reprises, tant les descriptions de plantes sont omniprésentes (sans parler du fait que j'en connaissais aucune ou presque). 
Je me demandais à quoi pouvait bien servir tous ces exposés horticoles... 
A ça : une mise en abîme cruelle de l'atrocité de l'existence de Turtle. 

C'est un livre très dérangeant, une lecture difficile et douloureuse par de nombreux aspects, un concentré de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus abominable, de plus perverse et de plus écoeurante. Le style de Gabriel Tallent est exceptionnel, le choix des mots toujours pertinent et il fait preuve d'une réelle poésie dans certains passages. Il faut avoir le coeur bien accroché et ne pas mettre ce livre entre toutes les mains. Je terminerai par cette très belle phrase qui qualifie bien le père :
"Ton père est un immense, un titanesque, un colossal enfoiré, un des pires qui aient jamais vogué sur les mers de verveine citron, un enfoiré de première dont les profondeurs et l'ampleur de l'enfoiritude dépassent l'entendement et défient l'imagination."

Bonne lecture à ceux qui en auront le courage !

mercredi 25 avril 2018

SAUF, Hervé Commère - Fleuve noir



A 6 ans, Mat perd ses parents dans l'incendie de leur manoir en Bretagne. Il part alors vivre chez son oncle et sa tante. 
Des années plus tard, devenu propriétaire d'un dépôt-vente, il reçoit un album photo dans lequel il trouve des clichés de lui petit avec ses parents, instantanés de sa vie d'avant... Comment cet album peut-il se trouver entre ses mains quand la maison de son enfance a été totalement détruite par les flammes ? Quelqu'un cherche à le mettre sur la piste de la vérité, 
Mat décide alors de se mettre en quête de son histoire.

Pour une raison inexpliquée, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire sans que je sache réellement pourquoi. 
Ma lecture n'était pas fluide, je reprenais souvent les phrases du début ou retournais à la page précédente parce que j'avais l'impression d'avoir loupé un truc.
Pourtant, le sujet, se remettre sur les traces de son enfance pour savoir qui on est, a toujours éveillé beaucoup d'intérêt, d'autant plus que l'enfance racontée, cherchée, fouillée est un sujet que je trouve personnellement passionnant.

Avez-vous ce film, "Lion", l'histoire d'un enfant indien oublié sur le banc d'une gare, privé de sa famille, adopté en Australie qui passera le début de sa vie d'adulte à rechercher sa mère et ses origines ? 

Vous voyez où je veux en venir ? J'attendais un peu ce niveau d'émotions là... en plus de la partie thriller pur.
Parce qu'il s'agit bien d'un thriller !
J'en veux pour preuve le nombre incroyable de rebondissements auxquels on a droit, surtout dans le seconde partie du livre. De ce fait là, j'ai ressenti un problème de crédibilité énorme dans le déroulé de l'histoire. Je n'arrivais plus à m'identifier à Mat, ni à croire à ses découvertes, ni à suivre son chemin initiatique. 

Alors, comprenons-nous bien : je n'ai pas détesté ce livre (puisque je l'ai terminé). Il m'a simplement manqué un je-ne-sais-quoi qui me permette d'être tout à fait dedans. 
Ca reste un thriller intéressant, dénué de toute scène de torture physique atroce qui vous empêche de dormir, mais pas un coup de coeur pour moi.



lundi 23 avril 2018

SOEURS, Bernard Minier - XO editions





C'est donc le 5ème opus des aventures de Martin Servaz, capitaine au SRPJ de Toulouse.
Après "Glacé", "Le cercle", "N'éteins pas la lumière", "Nuit", Bernard Minier est de retour avec "Soeurs".

Sincèrement, je me demandais ce qu'il y aurait bien à écrire de plus sur Servaz qui n'ait été dit dans les tomes précédents, quelles tuiles allaient bien pouvoir lui arriver (parce que le gars a quand même une énorme poisse), comment Bernard Minier allait pouvoir nous embarquer, encore une fois, dans une nième aventure où son héros serait encore une fois mis à mal, pour ne pas dire dans la merde jusqu'au cou.

"Soeurs" se déroule en 2 temps :
- Une enquête qui démarre en 1993 dans laquelle Servaz, alors jeune flic, enquête sur le meurtre de 2 soeurs retrouvées mortes près de la Garonne. Attachées à des troncs d'arbres, elle se font faces et  portent toutes les deux des robes de communiantes.

- En 2018, on retrouve Servaz 25 ans plus tard. Il doit gérer une nouvelle affaire mettant en scène un nouveau meurtre dont les aspects rappellent étrangement l'affaire de 1993 et le replonge dans ses souvenirs où il était alors novice dans le métier.

Dans les deux enquêtes, celle de 1993 et celle de 2018, Servaz fait le connaissance de Erik Lang auteur de romans noirs dont les livres mettent en scène des situations perverses et cruelles.

Du point de vue strict du scénario imaginé par Bernard Minier, c'est vraiment un coup de maître d'avoir permis au lecteur de découvrir Servaz dans ces jeunes années de flic.
Grâce à cette plongée dans le passé, le lecteur a la possibilité de mieux appréhender et comprendre ce personnage torturé qu'est Servaz et dont on suit les aventures depuis "Glacé". Partant du principe que les événements de la vie nous construisent, cette mise en abîme de Servaz dans ses jeunes années, ses débuts dans la PJ, sa vie familiale naissante et les relations avec son père permettent au lecteur d'appréhender l'évolution du héros.

Mais ce n'est pas la seule chose que j'ai aimé dans ce thriller....

Outre l'enquête policière bien fichue, originale, réaliste, crédible, prenante, Minier en profite pour aborder, avec habileté, certaines préoccupations (ou aberrations ?) de notre temps : l'écologie, la puissance de réseaux sociaux, les avancées scientifiques et technologiques dans le milieu policier et judiciaire. 

De plus, il traite subtilement de la relation qui lie l'écrivain de thrillers à son lecteur (ou à défaut son fan psychopathe). Avec finesse, Minier nous amène vraiment à nous interroger sur cette relation, parfois saine, mais aussi malsaine, d'une admiration qui peut rapidement virer à une obsession pernicieuse. Le personnage de Erik Lang est vraiment une belle réussite dans la construction du roman.

Tout ça pour dire, qu'encore une fois, c'est un pari réussi pour Bernard Minier. 
Je n'ai eu de cesse de connaitre le fin mot de l'histoire !
Je me suis littéralement laissée emporter par cette histoire à deux temps dans laquelle j'ai plongée après la lecture du prélude qui vous happe littéralement.
Très bon moment de lecture donc, un livre vraiment agréable à lire, avec un héros que j'aime beaucoup et que je connais maintenant très bien. 

D'ailleurs, je voulais souligner aussi l'intelligence de l'auteur qui fait des petits résumés pertinents à des moments clés pour que le lecteur se souvienne des tomes précédents sans en faire des tartines indigestes à coup d'alinéas ou de report de page. 
Et j'aime ce petit clin d'oeil à Julian Hirtmann qui laisse supposer qu'on n'en a pas encore fini avec lui ....

Bonne lecture à tous ceux qui ne l'ont pas encore lu !

dimanche 15 avril 2018

LE PRESQUE, François d'Epenoux - Anne Carrière



En préambule, je dirai : quelle douceur dans  l'écriture de François d'Epenoux...
Que de poésie...
Et que de vérités planquées, au détour d'une phrase, dans le creux d'un mot, dans le silence d'une virgule ou d'un alinéa.

Je l'avais découvert dans Le Réveil du coeur, l'histoire d'un petit garçon qui apprivoise son grand-père bourru. J'avais alors eu des réminiscences de ma propre enfance que j'ai passée  auprès d'un grand père que j'ai très peu connu,  qui ne parlait pas mais qui devait m'aimer à sa façon. Je n'ai pas eu la chance de Malo de pouvoir simplement avec ce que j'étais, attendrir le coeur du vieux. Ce récit m'avait alors émue aux larmes.

Dans "Le presque", on part sur un sujet différent même si c'est toujours du coeur qu'il s'agit au fond. 
Cette fois, c'est celui de Marc, la cinquantaine passée, qui lors d'un bain tout à fait banal, va avoir la révélation de sa vie : il est, en effet, un "Presque".
Presque heureux, presque amoureux, ayant presque réussi, presque encore jeune et pas encore vieux, presque artiste, presque voyageur, presque père comblé. 
Un Presque, avec tout ce que ce surnom représente d'insatisfaisant, de décevant, de résigné.

Après avoir passé la journée avec François dans les mains, et Marc, et Chloé, et Yann, et Paula, j'ai refermé le livre et demandé à mon mari si c'était lui qui l'avait écrit. Il a lu la 4ème de couverture,  souri et demandé pourquoi. 
J'ai dit qu'il décrivait parfaitement tous les sentiments et toutes les émotions que j'avais ressentis au tournant de mes 40 ans, au micron près, comme si quelqu'un de vraiment très proche, en l'occurrence lui, avait pris des notes et jeté sur le papier le déballage des compromis et compromissions que j'avais l'impression d'avoir faites et qui me brûlaient alors le ventre, incapable que j'étais de les tolérer une seconde de plus. 
C'est là que François fait vraiment fort : homme ou femme de plus de 40, vous êtes susceptible de vous reconnaitre dans ce livre. Vos amis vous ont dit que cette crise du milieu de vie, comme on l'appelle communément est normale et qu'il ne faut pas dramatiser et vous n'avez pas écouté ? Comme si le poids ce que vous viviez étiez unique au monde et que personne d'autre que vous-même ne pouvait ressentir l'ivresse négative de ces émotions... 
Avez-vous déjà assisté à une BDC ? "Bouffe de crise" ça vous parle ? Parce qu'après 40 ans, des BDC, on en fait quelques-unes. Cette scène là, la BDC de 3 amis de longue date restera pour moi d'anthologie. Les secousses de la vie sont exprimées avec lucidité mais aussi tendresse et résument avec beaucoup d'humour les aléas et questionnements de la vie. 
C'est bien de la vie qu'on parle, du quotidien qui bouffe tout, de l'amour tiède alimenté par l'habitude, de l'abandon de ses rêves, du renoncement, des regrets, de la vie qui vous échappe, de tout les loupés qui jalonnent un chemin qui loin d'être linéaire, nous amène parfois à faire quelques détours.

Je pourrai certainement écrire 2 pages sur ce roman mais aucune ne saurait égaler le talent d'écriture de François d'Epenoux car par ses mots, il vous touche en plein coeur. 
Il nous raconte avec beaucoup de tendresse les failles de l'être humain,
Il consent à beaucoup de compassion pour les rêves perdus,
De compréhension pour les regrets, 
Il danse avec finesse sur les choix de vie, en analysant, avec justesse les espoirs, les déceptions,  les failles. 
C'est presque une psychothérapie !
Presque le reflet d'une vie lambda,
Presque un instantané du temps qui passe.

Je terminerai par mettre l'accent sur les très belles réflexions concernant le métier d'écrivain, et quelques méditations, profondes et éclairées sur ce qui peut faire, ou non, d'un homme, un écrivain abouti. La seconde partie aborde avec lucidité ce thème.
Pour être écrivain, il faut avoir en soi un terreau fertile, un humus gras, fait de sédiments, de petites pousses, de pourriture aussi... C'est dans ce vécu que vont puiser les grandes histoires! Moi, je n'ai qu'une petite tête bien ratissée, un jardinet de banlieue où il ne pousse rien du tout.(...) Qui voudrait lire les mots d'un petit-bourgeois qui passe entre les gouttes? A qui il n'arrive rien ? Et qui, en plus, pleurniche sur son sort ?

Ce livre m'a profondément bouleversée mais il m'a surtout fait me sentir moins seule, moins incomprise, plus normale. Il a dédramatisé un épisode de ma vie que je croyais gravissime, le moment où moi aussi j'étais "presque" : presque heureuse mais presque malheureuse aussi. 
J'aimerai beaucoup savoir quelle est la part de vécu dans la vie de François d'Epenoux qui lui a permis d'écrire avec tant de pertinence ce livre juste magnifique, très loin d'être un presque livre !



mardi 10 avril 2018

SA MAJESTE DES OMBRES, Ghislain Gilberti - Ring




Elle ne va pas être facile à écrire cette chronique sans que vous ayez l'impression que je lui cire les pompes à Ghislain. 
En fait, si, je vais lui cirer les pompes, et sacrément même, une bonne grosse couche de cirage qui devrait tenir jusqu'à la sortie du tome 2.
Il l'écrit très bien lui même à la page 525 de son livre "GOTTVERDAMI" ( bordel de merde, pour les non initiés au dialecte alsacien)
A chaque parution du Monsieur, je me dis que le nouveau ne peut pas être aussi bon que le précédent, qu'il va forcément y avoir une déception. 
Vous savez quoi ? Et bien NON !
Alors, je n'ai pas lu "Dernière sortie pour Wonderland", c'est le seul :  pas parce que je n'ai pas aimé, seulement parce que j'avais lu le Patrick Sénécal avant ("Aliss") et que le personnage de Alice commençait à me taper un peu sur les nerfs...
Bref !

Je dois dire que là, il a fait fort. Il nous embarque dans une trilogie dont ce premier tome, place le décor. L'écriture est calibrée, le rythme effréné, c'est 24 heures chrono en bouquin.

En bref, de quoi ça parle ?
Tout commence en 2003 par l'interpellation d'un gros dealer dans une villa, interpellation qui se finit dans un bain de sang. Ce cartel, spécialisé dans la vente d'une drogue extrêmement pure fonctionne de manière tout à fait innovante car son organisation est hors norme. Cette affaire est rapidement enterrée car elle s'est soldée par un fiasco total et de nombreux morts chez les dealers mais aussi chez les flics. 
En 2010, une nouvelle série de meurtres attire l'attention de Cécile Sanchez, qui fait rapidement le lien avec les évènements de 2003. 
Elle se rend donc à Strasbourg pour poursuivre ses investigations 

D'abord, je  dis merci à Ghislain de m'avoir permis de plonger dans un récit se déroulant en Alsace, entre Strasbourg et Mulhouse : quel bonheur de retrouver cette région chère à mon coeur l'espace d'un bouquin ! C'est un plaisir fabuleux de reconnaitre les lieux dont l'auteur parle, les ambiances, presque de sentir les odeurs.

740 pages pour poser le décor d'une organisation tentaculaire spécialisée dans le traffic de drogue. Cet univers, totalement maitrisé par l'auteur nous laisse entrevoir, de l'intérieur, l'organisation d'un cartel.
740 pages pour qu'on puisse apprivoiser des personnages de flics, très travaillés. Ca m'a rappelée à bien des égards, les gros pavés de Stephen King à ses débuts, lorsqu'il prenait tout son temps pour installer une vraie ambience et surtout creuser ses personnages. J'ai retrouvé cette volonté de décortiquer les identités dans ce livre là.
J'ai aimé revoir  Cécile Sanchez, personnage récurrent des romans de Gilberti, hanter les lieux, et donner l'image d'une femme forte, qui ne baisse pas les bras, mais qui nous émeut aussi par sa fragilité. Le personnage de Grux suscite également beaucoup d'attentions et de questionnement et je parie que Ghislain lui fera la part belle dans le tome 2. 
740 pages d'action pure qui ne laisse pas beaucoup de temps morts, un suspense sacrément bien mené, de l'originalité dans l'histoire, un vrai travail documenté.
Ce livre ferait une série télé très addictive, bien huilée, action genre 24 heures chrono avec la patte d'un Olivier Marchal qui sait si bien transmettre les ambiences et nous faire plonger dans l'univers des flics.

Tout ça pour dire que c'est un excellent Gilberti.

Ca fait un moment qu'il est entré dans la cour des grands. Il y gagne ses galons à chaque nouveau roman et il faudra désormais compter avec lui !
En tout cas, moi je serai fidèle au poste, j'espère que vous aussi.





dimanche 8 avril 2018

TOUTES BLESSENT LA DERNIERE TUE, Karine Giebel - Belfond


Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur ce livre, certaines que j'ai lues, d'autres pas. 
Je m'excuse par avance pour les répétions, s'il devait y en avoir.
Je ne vous fais pas de résumé, pour ça il y a google, et puis à trop résumer, on révèle trop de choses que personnellement je n'aurai pas aimé savoir.

Que peut-on dire sur le dernier Giebel ?

Chaque page est un coup de poing dans la gueule !
Chaque page a réveillé en moi la révolte, le sentiment d'injustice, la haine, le violence devant l'horreur dont l'Homme est capable.
Le meilleur et le pire. Karine Giebel a choisi de mettre en exergue le pire. 
Le pire, pas seulement de l'Homme avec un grand H, mais aussi de la femme avec un grand F, car dans ce livre, une femme en particulier est une tortionnaire de la pire espèce.
Intéressant je trouve d'avoir choisi cette voie, de n'avoir pas réduit la femme à un petit être toujours fragile, toujours faible, toujours en attente de secours. 
Certaines femmes peuvent être bien pires que certains hommes et Karine Giebel se fait un plaisir de nous en dresser quelques portraits vraiment très réussis et criants de réalisme.

Ce livre est aussi une dénonciation de l'esclavage moderne, triste réalité, pas seulement dans les pavillons bourgeois mais aussi dans les HLM de misère. La misère appelle la misère. 
Le manque de compassion envers les autres, la volonté d'avoir le dessus, la nécessité de quelques sous gagnés sur le dos des autres dressent le portrait d'une société qui fait frémir de par la noirceur de son âme profonde.

J'ai aimé la mise en lumière du schéma familial que l'on essaye de ne pas reproduire. 
Quand on a été un enfant battu, il est extrêmement difficile de choisir une autre vie sans fatalement reproduire la violence vécue. Izri est un exemple parfait de cette difficulté là. 
Ses bas instincts dus à son vécu familial reviennent souvent le tarauder et il doit redoubler d'efforts, prendre sur lui, se souvenir de son tortionnaire de père pour ne pas tomber dans le piège d'une violence tripale et quasi génétique.

J'ai aimé les juxtapositions de ces deux histoires d'homme, celle d'Izri et celle de Gabriel : l'un a été témoin des violences que sa propre mère à fait subir aux autres et mis un temps que j'ai trouvé infini à réagir, quand l'autre oeuvre chaque jour pour punir ceux qui ne sont pas intervenus, n'ont pas réagis devant une injustice ni bougé devant un crime. 

J'ai aimé le personnage de Tama, son courage, sa résilience, sa volonté de chercher l'humanité dans ses tortionnaires, sa compassion, sa révolte, son abnégation, son envie de mourir, puis celle de vivre, son amour démesuré pour Izri tantôt son amant, tantôt son bourreau. 

Karine Giebel n'accorde que peu de répit à ses personnages.
Quelques secondes parfois,
Quelques moments volés à la brutalité de la vie,
Quelques respirations pour avoir le temps de se relever,
Quelques gestes tendres pour soigner les blessures marquées au fer rouge. 
Quelques rayons de soleil au milieu d'une avalanche d'horreurs, de sévices, plus pervers les uns que les autres, chaque fois plus démentiels, plus inhumains, plus retors.
Les "méchants" de ce livre sont de vrais méchants. Mejda par exemple donne au lecteur des envies de meurtre, sa cruauté est sans limite et si sauter dans un livre était une réalité, elle serait morte dans d'atroces souffrances des centaines de fois.

La violence  physique et les descriptions des sévices encourus sont absolument intolérables : le lecteur a lui aussi mal dans sa chair, à chaque gifle, à chaque coup de poing, à chaque viol et espère que tout finira par s'arrêter sauf que...Karine Giebel choisit souvent un chemin différent. Elle torture à loisir son lecteur !
La violence psychologique est tout aussi terrible, encore plus compliquée à encaisser que les coups. Elle détruit Tama de l'intérieur, la déshumanise aux yeux des autres, lui enlève toute existence.

Et cette phrase bouleversante qui m'a happée, qui me taraude, qui me déchire le bide : 
"Depuis que je suis né, j'attends qu'on m'aime..."

Maintenant, c'est à vous de décider... 
Aurez-vous le courage d'encaisser les 736 pages  de ce livre sans qu'il ne vous arrache les entrailles, des sanglots, vous donne des relents de violence , des désirs de vengeance, des envies de meurtres, sans qu'il ne hante vos nuits ?
C'est un excellent Giebel
C'est un émouvant Giebel
C'est un terrifiant Giebel
C'est surtout un tristement réaliste Giebel 
Le reflet du monde pourri dans lequel nous vivons ...  de la bestialité des hommes, de leurs actes insupportables, de leur volonté de pouvoir...Pas vraiment de quoi être fiers de nous ...

FANTAZMË, Niko Tackian - Calmann Levy

Ambiance totalement différente de "Toxique" pour ce second opus des enquêtes de Tomar Khan.  Ici, nous sommes bien dans du po...