dimanche 13 mai 2018

LA TERRE DES MORTS, Jean-Christophe Grangé - Albin Michel





Avant d'écrire cette chronique, je regarde les photos de Jean-Christophe Grangé et je me demande comment ce gars aux grands yeux bleus et aux cheveux gris a pu nous écrire un thriller pareil, dans lequel la première partie te scotche littéralement contre un mur ?

Puis j'ai écouté une interview dans laquelle il explique comment l'idée de ce roman lui est venue et ce qu'il avait cherché à développer.


D'abord, un héros borderline qui navigue entre le bien et le mal, la légalité et l'illégalité, un véritable électron libre au sein de la brigade criminelle. Jeunesse compliquée, mariage compliqué, vie intérieure compliquée, boulot compliqué, je sais, ça fait beaucoup de compliqué... Violence profondément ancrée dans ses tripes, en lutte perpétuelle contre lui-même, on est très très loin de Pinot simple flic !

Corso est un flic très attachant, justement parce qu'il a d'énormes failles et qu'il ne cherche pas à les dissimuler. Il a une grande honnêteté intellectuelle vis à vis de lui-même et cela le rend "aimable" dans le sens digne d'être aimé. 
Mission accomplie donc pour l'attachement du lecteur au personnage central.

Corso est confronté aux meurtres de plusieurs strip teaseuses. Son principal suspect,  Philippe Sobieski, dégénéré sur bien des plans est aussi un peintre devenu célèbre. L'essentiel du thriller est axé sur le duel qui oppose Corso à Sobieski, l'étendue de la perversité sous toutes ses formes et la volonté de débarrasser le peintre de la surface de la société.

Le thriller est construit en 3 parties :
- La plongée dans les milieux underground 
- L'enquête 
- Le procès

Je disais que la première partie scotche le lecteur au mur et c'est pas peu dire. 
On entre de plein fouet dans le milieu du porno hard (vraiment hard), du sadomasochisme, du bondage et de l'art du Shibari. Cette partie fourmille de scènes ultra violentes, surtout sexuellement violentes et il faut avoir le coeur bien accroché car la plongée dans le milieu de ces déviances sexuelles en tout genre est sacrément crue. On en ressort à bout de souffle, un peu terrassé par l'abondance d'images qui arrivent dans la tête, plus cruelles et plus sadiques les unes que les autres. Je ne suis pourtant pas née de la dernière pluie mais franchement j'ai appris des trucs ! 
Cependant, il serait injuste de cantonner ce livre à une surexposition de pratiques sexuelles déviantes, ce serait lui accorder peu de crédit. 
Par ce biais, on plonge directement dans l'enquête qui occupe Corso : les meurtres des strip teaseuses. 
L'enquête se déroule donc dans la seconde partie. L'originalité du scénario c'est que le nom du coupable est très vite révélé. L'essentiel sera axé sur les preuves à trouver et sur l'anticipation de la manière dont les choses se sont déroulées pour la préparation du procès. La mise ne lumière des relations entre Corso et Sobieski est vraiment intéressante psychologiquement parlant car naviguant en eaux troubles, entre le bien et le mal, le flic se retrouve sans cesse confronté à ses propres démons.
Pour finir, la troisième partie évoque le procès. Jean-Christophe Grangé avait très envie de  décrire toutes les étapes d'un vrai procès et de plonger le lecteur au coeur d'un tribunal. C'est chose faite puisqu'il vous ballade, en fonction des preuves annoncées, à coup de revirements de situation, d'un côté du ring, puis de l'autre, coupable, non coupable, coupable, non coupable, dans la position d'un juré.


En bref, j'ai tout simplement adoré ce bouquin. J'ai trouvé un Grangé qui a pris du galon, une confiance en lui dans la description des scènes pas faciles à brosser, des aspects psychologiques hyper intéressants pour un personnage principal très loin du héros "prince charmant". 
Sa façon de mener sa barque est retorse, la mécanique singulière  et ça fonctionne à mort ! Les certitudes sont souvent chamboulées et on reste littéralement cramponné à son bouquin. 
Je rajouterai simplement que son écriture est très visuelle, c'est sans doute pour ça que ses livres sont très vite adaptés au cinéma. 
Bref, foncez, c'est du lourd !






















INEXORABLE, Claire FAVAN - Robert Laffont / La Bête Noire

Pas facile de chroniquer ce livre sans en dévoiler beaucoup, et surtout, beaucoup trop. Je vais donc prendre mille précautions et parler...